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Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
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15-11-2007  Éclairage  
Les victimes afghanes des mines font face aux obstacles
L'Afghanistan est un des pays les plus minés dans le monde. Bien que des progrès considérables aient été faits dans le domaine du déminage, et si le nombre de victimes est en baisse constante depuis des années, l'ampleur du problème reste énorme. Des dizaines de milliers de victimes de mines ont besoin de soins et d'assistance. Le CICR aide à alléger leurs souffrances grâce à ses programmes orthopédiques dont ont bénéficié plus de 80,000 personnes durant ces 20 dernières années.

Au centre d’appareillage Ali Abad à Kaboul – le plus grand centre de réadaptation physique du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au monde –, la scène a tout d’une industrie presque frénétique. Dans de nombreux ateliers, des dizaines de personnes fabriquent de tout : des sièges en cuir pour chaises roulantes et des articulations en acier inoxydable pour appareils orthopédiques des membres inférieurs, aux articulations du coude pour béquilles et aux prothèses personnalisées. Tout près, des amputés récemment équipés de membres réapprennent à marcher, pas à pas douloureux. Ailleurs dans le centre, des paraplégiques bénéficient de séances de physiothérapie.

Ce centre est d’autant plus extraordinaire que les 250 employés locaux sont tous handicapés. Nombre d’entre eux sont des victimes de mines, certains ont été victimes d’accidents de voiture, d’autres sont aveugles et d’autres encore souffrent de malformation congénitale.

« Nous pratiquons la discrimination ici, mais nous nous plaisons à dire que c’est un type positif de discrimination », déclare en souriant Najmuddin Helal, chef du centre de réadaptation physique et lui-même double amputé suite à un accident dû à une mine lorsqu’il avait 18 ans. « Il est logique de recruter des personnes handicapées, puisqu’elles comprennent les problèmes et besoins spécifiques et contribuent à apporter de l’espoir à nos patients. »

Sur les quelque 40 000 patients inscrits au centre depuis son ouverture en 1988, 75% sont des amputés et la majorité d’entre eux sont des victimes de mines – bien que le centre soit ouvert à tous, quel que soit leur type de handicap physique. Les programmes d’intégration sociale, notamment la formation professionnelle et les programmes de microcrédits, sont aussi importants que la réadaptation physique.

De nombreuses personnes tiennent à témoigner du succès du centre. Noor Mohamed, qui a perdu une jambe suite à un accident de mine quand il avait 14 ans, nourrit dorénavant sa famille en fabriquant des pièces détachées pour les appareils orthopédiques pour jambes. Sayed Mohamed, dont la jambe droite a été arrachée lorsque sa voiture a roulé sur une mine antitank il y a plus de 20 ans, a monté un kiosque de légumes avec l’aide d’un prêt du programme de microcrédits du CICR. Rohafza Naderi, dont la jambe droite a été amputée à l’âge de 10 ans après qu’elle eut marché sur une mine près de l’entrée de son école à Kaboul, travaille au centre comme physiothérapeute.

« C’est tellement gratifiant d’aider ceux qui ont le plus besoin d’aide, de voir quelqu’un qui a été poussé dans le centre dans son fauteuil roulant pouvoir en sortir seul en marchant », dit Rohafza.

Le centre de Kaboul est un des six centres d’appareillage du CICR en Afghanistan, qui ont en tout aidé près de 80 000 handicapés afghans ces vingt dernières années – près de la moitié d’entre eux étant amputés.

L’Afghanistan, un des pays les plus fortement minés du monde, a sans aucun doute accompli des progrès mesurables ces dernières années. Selon le Centre d’action antimines des Nations Unies en Afghanistan (UNMACA), quelque 60% du territoire pollué par des mines terrestres et des restes explosifs de guerre seraient dorénavant nettoyés, le nombre de victimes annuelles enregistrées étant descendu à 796 en 2006, par rapport à 1 943 par année cinq ans auparavant.

Pourtant, le problème reste immense. Personne ne peut être absolument certain du nombre de mines qui restent dans le sol, bien que selon l’UNMACA, 4 000 zones seraient encore soupçonnées d’être infestées par les mines, dans les 34 provinces du pays sauf une. Pour ne rien arranger, une quantité inconnue de restes explosifs de guerre – comprenant de tout, des bombes parachutées et des mortiers aux fusées et aux armes à dispersion – pollue toujours de vastes zones du pays.

Du fait de l’insécurité croissante et de l’accès humanitaire restreint dans de nombreuses régions du pays, le nombre réel des victimes des mines terrestres pourrait être bien plus élevé que ne le suggèrent les données officielles.

La zone autour de la base aérienne de Bagram, à environ 60 km au nord de Kaboul, illustre le problème. Plusieurs générations de mines et d’autres engins explosifs – utilisés durant l’invasion soviétique à partir de 1979, pendant la guerre civile dans les années 1990, sous le règne des talibans et enfin jusqu’aux bombardements aériens dirigés par les États-Unis en 2001 – ont saturé le sol autour de l’installation militaire stratégique elle-même ainsi que les villages environnants.

La Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) menée par l’OTAN finance une coalition locale de déminage pour recenser et nettoyer les terres polluées. Le travail est méticuleux. Dans la poussière et la chaleur étouffantes, sous les chasseurs à réaction qui passent en rugissant au-dessus de leur tête, des équipes de démineurs sondent doucement la terre et indiquent les zones dangereuses par des drapeaux rouges. Des piles de pierres blanches s’étendant jusqu’à l’horizon marquent les zones déjà nettoyées.

Cependant, comme l’explique Abdul Wali Karimi, qui travaille pour Afghanistan Technical Consultants, il a fallu 10 mois pour nettoyer moins de deux km2 de terrain. Près de 9 000 mines antipersonnel et quelque 2 500 autres engins explosifs comme des mortiers et des projectiles ont été déterrés pendant cette période, et le sol en contient encore beaucoup plus. La FIAS déclare qu’au moins 10 personnes des villages environnants ont été tuées ou blessées ces six derniers mois. De nombreux incidents ne sont jamais signalés.

« À mesure que le déminage progresse, de plus en plus de réfugiés rentrent chez eux depuis le Pakistan et l’Iran, et l’activité agricole reprend lentement, dit M. Karimi. Mais il est clair qu’il nous reste un long chemin à parcourir avant que la vie reprenne un cours à peu près normal. »

En Afghanistan, les données du CICR montrent que plus de 90% des mines et autres engins explosifs sont concentrés sur les terres agricoles et les pâturages, les systèmes d’irrigation, les zones résidentielles et les routes. Leur impact sur la population civile du pays est désastreux.

Le village de Dako, à 35 km au nord de Kaboul, sur le front des combats entre groupes armés rivaux tout au long des années 1990, n’en est qu’un exemple. Il a été fortement détruit et pollué par les mines. Les murs d’enceinte en terre couverts d’impacts de balles entourent des dédales de passages et de salles, certains détruits ; un nombre disproportionné de petits cimetières avec des drapeaux verts en lambeaux commémorant les morts sont répartis autour du village ; et de nombreux murs portent maintenant des signes de peinture blanche indiquant que des activités de déminage sont en cours dans les environs.

Le Croissant-Rouge afghan conduit des séances de formation à la réduction des risques dus aux mines dans l’école primaire de Dako, prévenant les écoliers exclusivement masculins des dangers des mines terrestres et autres restes explosifs de guerre. Pourtant, des accidents se produisent encore : tout récemment, un garçon de dix ans du village a trouvé une mine dans son jardin et perdu sa main.

« La vie est très dure, ici », dit Rahmad Gul, père de sept enfants, qui a perdu un bras durant le conflit. « Si vous avez un handicap, c’est encore pire. Ceux qui sont valides essaient de trouver du travail à Kaboul, voire plus loin, au Pakistan ou en Iran. »

Mais même pour ceux qui réussissent à atteindre Kaboul, la vie est souvent loin d’être facile. La population ayant considérablement augmenté du fait de l’arrivée de déplacés internes et de migrants économiques, nombre des résidents de la ville connaissent le chômage, une pauvreté écrasante et un sentiment croissant de frustration. Malgré les milliards de dollars d’aide étrangère promis, peu d’habitants de la ville marquée par la guerre ont constaté une amélioration tangible de leur vie.

De retour au centre de réadaptation physique de Kaboul, Najmuddin reste virulent : « Bien sûr, la situation économique du pays est catastrophique et de nombreuses personnes bien portantes ne trouvent pas de travail, sans parler de celles qui sont handicapées, dit-il. En de nombreux points, j’ai de la chance, non seulement de pouvoir nourrir ma famille mais également de donner de l’espoir, ne serait-ce qu’à quelques personnes qui ont subi le même sort que moi. »

« Et qui sait ?, ajoute-t-il, ironique. Peut-être qu’un jour cette guerre prendra fin et que nous aurons un pays sans mines – mais ce sera trop tard pour toutes les victimes qu’elles auront déjà faites. »

©ICRC/M. Kokic
L'atelier ducentre de réadaptation physique du CICR à Kaboul.

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Rohafza Naderi est physiothérapeute au centre d'appareillage.

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Sayed Mohamed devant son kiosque de légumes

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Sensibilisation aux dangers des mines dans le village de Dako.

©ICRC/M. Kokic
Opérations de déminage près de la base aérienne de Bagram

©ICRC/M. Kokic
Explosion durant une opération de déminage

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15-11-2007