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23-09-2008  Éclairage  
Afghanistan : le programme de visites familiales commence pour les détenus de Bagram
Pour la première fois, les familles des personnes détenues par les États-Unis à la base aérienne de Bagram peuvent voir leurs proches en personne. Récit d’Abdul Hassib Rahimi, collaborateur du CICR, à Kaboul.

Haji Lal Padshah, qui travaille dans une petite station service sur la route qui relie la province du Logar à Kaboul, a pris une journée de congé. Tôt ce matin, il s'est rendu à la capitale en voiture avec son frère après avoir fait monter ses deux filles et deux de ses neveux dans un taxi qui les précédait. Il allait s'inscrire à la délégation du CICR pour être mis en liaison vidéo avec son frère, Mohammad Khan, détenu par l'armée américaine à la base aérienne de Bagram.

Au début de l'année, Lal Padshah a appris l'existence du programme lancé par le CICR et les autorités américaines pour permettre aux familles de maintenir le contact avec leurs proches détenus à Bagram. Depuis, Lal Padshah s'est rendu régulièrement à la délégation du CICR, y faisant un saut tous les deux mois pour s’entretenir 20 minutes avec son frère par téléphone tout en ayant son image à l'écran. Lorsqu'il est arrivé ce matin pour effectuer l'inscription pour son appel, il a découvert qu'il avait maintenant une autre possibilité : il pouvait toujours obtenir une liaison vidéo, mais il pouvait désormais aussi se rendre directement à Bagram et rencontrer son frère en personne. Après s'être entretenu brièvement avec sa famille, Lal Padshah a pris sa décision. S'il avait réellement la possibilité de rencontrer son frère face-à-face, et lui et sa famille voulaient saisir cette opportunité.

Lal Padshah se souvient du jour où son frère, suite au décès d'une connaissance, s'est rendu dans le sud-est de l'Afghanistan pour prendre part au deuil. Son frère n'en est jamais revenu. Quatre mois plus tard, Lal Padshah a reçu un message Croix-Rouge du CICR. Le message était écrit à la main par son frère, qui l'informait qu'il était en vie et qu'il se portait bien, et qu'il était détenu à Bagram. « J'ai été si heureux le jour où j'ai reçu ce message ; j'ai remercié Dieu d'apprendre que mon frère allait bien », a expliqué Lal Padshah, qui a répondu à son frère et a dès lors pu entretenir avec lui une correspondance régulière par l'intermédiaire du CICR. Par la suite, il s'est aussi servi du système de visioconférence à la délégation du CICR à Kaboul. « Voir mon frère pour la première fois depuis deux ans a été merveilleux, même si ce n'était que sur un écran de télévision », a-t-il confié, tout en ajoutant : « Je ne sais vraiment pas ce que je vais lui dire quand que je le verrai en prison. Je crains d'être trop ému pour trouver mes mots et de ne pas savoir par où commencer ».

Mohammada Jan, un enseignant du village de Khashek dans la province de Ghazni, n'a pas vu son beau-frère Safiullah depuis neuf mois. Ce matin, il a appris qu'il pouvait lui rendre visite à Bagram pour la première fois. Il a prévu de se rendre au centre de détention avec un autre de ses beaux-frères ainsi qu'avec la femme de Safiullah et leurs deux enfants.

Ces derniers mois, Mohammada Jan a échangé des messages Croix-Rouge avec Safiullah, et a eu à une liaison vidéo avec lui à trois reprises. « Quand mon beau-frère a disparu, nous avons demandé de ces nouvelles partout, mais en vain », a-t-il déclaré. « Comme je savais que le CICR visitait régulièrement les lieux de détention, j'ai fini par demander à mon frère d'aller à Kaboul pour se renseigner auprès de son bureau. C'est là-bas que nous avons appris que Safiullah était détenu à Bagram. Savoir qu'il était en vie a été un grand soulagement pour nous tous. »

Quelques mois plus tard, les premiers messages Croix-Rouge de Safiullah ont commencé à arriver. Par la suite, Mohammada Jan et sa famille ont aussi commencé à utiliser le système de visioconférence. « Pour être honnête, la première fois que je l'ai vu à l'écran, j'ai éclaté en sanglots. J'étais si heureux et si triste en même temps », a expliqué Mohammada Jan. « Cette fois, c'est différent. Quand nous le verrons à Bagram, nous veillerons à ce que le fait de nous voir ne le bouleverse pas mais au contraire lui donne de la force. Avec l'aide de Dieu, nous ferons en sorte que personne ne pleure », a-t-il ajouté se tournant vers son neveu, qui l'a accompagné afin de s'inscrire pour une visite à Bagram.

* Les noms des détenus et de leurs familles ont été changés afin de protéger leur identité

©CICR/R. Keusen/af-e-01323
Kaboul, délégation du CICR. Des familles de détenus s'inscrivent pour le programme de visites familiales du CICR.



©ICRC/R. Keusen/af-e-01322
Kaboul, délégation du CICR. Des familles de détenus s'inscrivent pour le programme de visites familiales du CICR.

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23-09-2008