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2-10-2008  Éclairage  
Brésil: la Croix-Rouge vient en aide à ceux qu’on ne voit pas sur les cartes postales de Rio
La Croix-Rouge brésilienne, en collaboration avec le CICR, a organisé un cours de premiers secours à l’intention des habitants de deux bidonvilles de Rio de Janeiro qui connaissent un taux de violence élevé, alors que les services de santé manquent. Il est prévu d'étendre ce programme de formation en premiers secours à d'autres quartiers de Rio considérés comme « zones de vulnérabilité ». Par ailleurs, le CICR a mis en place au Brésil un programme visant à diminuer l’impact humanitaire des situations de violence impliquant des forces de police.

Lire aussi : Violence armée et action humanitaire en milieu urbain

©ICRC/Marizilda Cruppe
Résidents de la favela participant au cours de premiers secours organisés par la Croix-Rouge brésilienne, en collaboration avec le CICR.
La zone sud de Rio de Janeiro est une des plus belles cartes postales du monde. Les paysages idylliques de plages de sable blanc et de mer turquoise ne reflètent cependant que partiellement la réalité de cette ville de la côte sud-orientale du Brésil, où la richesse et l’abondance côtoient la pauvreté et la misère.
Derrière les plages poussent d’immenses quartiers périphériques, les favelas, où s’entasse une population très dense. Lorsque les favelas s’étendent, gommant les limites géographiques qui les séparaient, on parle alors de « complexos ». Ces vastes zones, où l’accès aux services publics est la plupart du temps inexistant, affichent des niveaux de violence extrêmement élevés.
Marcilia Honorato habite à Nova Holanda, une des favelas qui constituent le « complexo » d’A Maré, situé dans la zone nord de Rio de Janeiro. Elle a participé aux séances de formation organisées par la Croix-Rouge brésilienne. Après cette expérience, elle a décidé d’offrir ses services à la Société nationale en tant que volontaire.

« Dans le « complexo » d’A Maré, du fait des problèmes d'accès à l'unité de premiers secours (UPA) de Vila Joâo, un établissement plus important, plus structuré et qui fonctionne 24 heures sur 24, les soins sont dispensés par un poste de santé. L’éloignement contribue certes à ce que les gens renoncent à se rendre à l’UPA, mais c’est aussi à cause des problèmes de sécurité : les groupes armés qui opèrent à Villa Joâo et ici sont rivaux ; ce qui fait que beaucoup réfléchissent à deux fois avant de courir ce risque, surtout en cas d’urgence. »

« Dans les favelas, il y a des endroits où les ambulances ne peuvent pas rentrer pour des raisons d'espace, mais aussi à cause des luttes de pouvoir. Les véhicules du SAMU (Serviço de Atendimento Móvel de Urgência) ne s’y hasardent que si la personne qui fait appelle à leurs services demande une autorisation préalable au groupe armé local. De jour, c’est plus facile, mais de nuit, ça pose plus de problèmes. »

On estime qu’un million de personnes vivent aujourd’hui dans les 513 favelas que compte Rio de Janeiro, ce qui correspond à 20 % de la population de la ville.


Les communautés d’O Alemão et d’A Maré, situées dans la zone nord de Rio, abritent à elles seules 200 000 personnes. Exposées aux conséquences des affrontements entre forces de police et groupes armés, nombre d'entre elles n'ont que difficilement accès à des services de santé.

En août, la Croix-Rouge brésilienne, en coopération avec le CICR, a achevé une première série de séances de formation en premiers secours. Au total, 49 habitants des « complexos » O Alemão et A Maré y ont pris part. Il est prévu que ce programme soit étendu à d'autres communautés de Rio de Janeiro considérées comme « zones de vulnérabilité sociales », où se conjuguent taux de violence élevés et manque de services.

Grâce à ce projet, l’institution espère que les secouristes soient en mesure de donner les premiers soins aux personnes blessées dans le cadre de situations de violence ou d’accidents domestiques, ainsi que de sensibiliser les habitants des bidonvilles à certaines questions liées à la santé.

« Ce que nous voulons c’est que ces personnes puissent sauver des vies, sans distinction aucune », a déclaré Michel Minnig, chef de la délégation du CICR pour les pays du cône Sud et le Brésil.

Coopération entre le CICR et la Croix-Rouge brésilienne

©ICRC/J.Barry
Les participants du cours pratiquent des techniques de premiers secours.
Les cours de premiers secours organisés à l’intention des habitants d’A Maré et d’O Alemão marquent une nouvelle étape dans la coopération entre le CICR et la Croix-Rouge brésilienne. Jusque-là, le CICR s'employait à soutenir la restructuration institutionnelle de la Société nationale et à renforcer sa capacité opérationnelle. Ce projet constitue néanmoins une première en termes d'opération menée conjointement par les deux organisations dans des communautés défavorisées de Rio de Janeiro.

Le projet a également reçu le soutien de deux associations locales, Luta Pela Paz (Lutte pour la paix) et Espaço Democrático de União, Convivência, Aprendizado e Prevenção (Espace démocratique pour l'union, la cohabitation, l'apprentissage et la prévention).

En plus de l’appui didactique, matériel et financier du CICR, l’institution a également mis en œuvre, au sein de la Croix-Rouge brésilienne, le programme « Accès plus sûr », qui définit des normes de sécurité à l’intention des volontaires travaillant pour la Société nationale.

Dialogue avec les forces de police

Le travail effectué directement dans les communautés d’A Maré et d’O Alemão représente un aspect de cette opération, l'autre étant l'action menée auprès des forces de police.

Depuis 1998, le CICR mène en effet au Brésil un programme visant à diminuer l’impact humanitaire des situations de violence impliquant les forces de police. Ce programme est axé sur l’intégration des normes internationales des droits de l’homme et des principes humanitaires applicables aux services de police.

Grâce à ce programme, plus de 1 000 instructeurs de la police militaire de tous les États du pays ont été formés par le CICR. À partir de 2006, le programme a également porté sur la révision de la doctrine, des programmes de cours de formation policière et des instructions relatives à l’usage de la force et des armes à feu, et ce, dans neuf États, notamment dans celui de Rio de Janeiro.

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2-10-2008