©ICRC/J. Björgvinsson
Détenus au travail dans le jardin de la prison de Bossangoa.
Il y a quelque temps, un après-midi, on pouvait voir des détenus de la prison de Bossangoa, dans le centre de la RCA, qui étaient sortis de leur cellule et préparaient la terre pour y semer des patates douces, sur une parcelle de deux hectares. Quelques jours plus tôt, sur une autre partie du terrain situé à l’intérieur de l’enceinte de la prison, ils avaient semé une autre culture de subsistance, le manioc, et avant cela, des arachides et du maïs.
Le jardin de prison est né de la volonté du directeur d’avoir suffisamment à manger pour ses pensionnaires et du soutien que le CICR a décidé d’apporter à cette idée.
Les prisons de la RCA souffrent d’une pénurie chronique de fonds pour s’approvisionner en denrées alimentaires et autres produits de première nécessité. Les prisonniers reçoivent des fournitures de leurs familles quand elles vivent à proximité, mais ce n’est pas le cas pour la plupart.
Au cours de l’année 2006, le CICR a mis en œuvre un programme alimentaire de trois mois à la prison de Bossangoa, dont ont bénéficié une trentaine de détenus qui souffraient de malnutrition. Même si cette aide leur a permis de reprendre du poids, ce n’était pas une solution viable à long terme.
Quand Roger Passi-Ngaka, le nouveau directeur de Bossangoa, a pris ses fonctions à la fin de l’année dernière, il a proposé de cultiver les terres situées dans l’enceinte de la prison. Le CICR a accepté de financer le projet et de fournir des outils, des engrais et des semences. Il a été demandé à un agronome du gouvernement de dessiner les espaces à cultiver, de dispenser une formation technique et d’aider les détenus qui y travailleraient.
Le projet fonctionne depuis deux mois maintenant et les feuilles d’arachides recouvrent déjà d’un tapis vert les alentours du bâtiment principal de la prison.
Cette initiative est positive à plus d’un titre pour les prisonniers. Le travail de la terre les fait sortir de leurs cellules sombres et respirer l’air pur. Il leur permet aussi de faire de l’exercice. Au moment de la récolte, les produits cultivés viendront compléter leur maigre ration alimentaire. La vente des excédents contribuera à financer le programme et la formation technique apporte à ces hommes des compétences qu’ils pourront utiliser à l’avenir.
Un détenu de 34 ans, père de cinq enfants et à Bossangoa depuis quatre mois, est motivé tant par le travail en soi que par les séances de formation. « Ni ma famille ni moi n’avons de connaissances autres que rudimentaires en matière d’agriculture, explique-t-il. Quand je serai libre, je pourrai utiliser les techniques de plantation que j’ai apprises ici pour, chez moi, tirer un meilleur profit de mes terres. »
Le directeur de la prison, M. Passi-Ngaka, a des projets ambitieux pour l’avenir. « L’année prochaine, j’aimerais faire un élevage de poulets et de porcs, et cultiver une plus grande partie du terrain » dit-il.
Pour le CICR, si le programme fonctionne bien et qu’il commence à être rentable, il pourrait servir de modèle à des projets similaires dans d’autres prisons du pays, où les détenus souffrent, comme à Bossangoa, de pénurie alimentaire.