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14-09-2007  Éclairage  
Tchad : l'histoire d'une jeune fille qui donne une leçon de survie
Mahassine est une jeune fille aveugle de 13 ans. Elle a récemment été amputée d'une jambe après avoir été touchée par une balle, lors d'une attaque lancée contre son village. Malgré son handicap, elle a tenu bon. Yvonne Jansen, l'orthopédiste du CICR qui l'a soignée, rappelle son courage et sa volonté inébranlable de venir à bout de son expérience traumatique.

©CICR/Y. Jansen/td-e-00205
Mahassine montre à son père comment elle peut plier et déplier son genou.

Mahassine Halou Adam naquit il y a 13 ans dans une ville située dans l'est du Tchad, Adré. Complètement aveugle à sa naissance, elle grandit aux côtés de ses quatre frères et de sa soeur. Comme elle ne pouvait pas être scolarisée, elle resta à la maison pour y aider sa mère à accomplir les tâches ménagères et joua avec les autres enfants du voisinage, ne s'éloignant guère de chez elle afin d'éviter de se perdre.

Sa vie ne s'écarta guère de cette routine quotidienne jusqu'à ce jour fatidique de février 2007 où les rebelles tchadiens attaquèrent Adré. D'intenses combats d'artillerie se déroulèrent dans la ville et à sa périphérie. De sources médicales, on apprit que 150 personnes avaient été blessées et que 15 avaient été tuées.

La mère de Mahasinne, sa soeur de 18 ans et son frère de 11 ans furent tués par balle lorsque leur maison fut touchée au cours de l'attaque. Mahasinne reçut une balle dans la jambe. Son père et ses trois frères étaient absents au moment de l'attaque. Lorsque son père revint à la maison, il retrouva Mahasinne en état de choc et gémissante; celle-ci avait perdu toute notion du déroulement des évènements.

Elle avait juste entendu le bruit des échanges de coups de feu et les cris terrifiants des gens. Elle avait perdu toute sensibilité dans sa jambe. Son père l'emmena à l'hôpital d'André où elle fut amputée au-dessus du genou. Elle fut hospitalisée jusqu'à la cicatrisation de sa blessure. Elle parlait souvent à son père de sa jambe, de sa mère, de sa soeur et de son frère qu'elle avait perdus. Comment pourrait-elle faire surmonter de telles épreuves?

À l'hôpital elle fut orientée vers le CICR, qui la fit transférer vers un centre orthopédique à N'Djamena, la capitale, où une prothèse lui fut fixée en juillet 2007. C'est dans la capitale tchadienne, où je travaillais alors comme physiothérapeute du CICR, que je la rencontrai avec son père qui me raconta leur histoire.

Lorsque je la vis pour la première fois, je pensai qu'elle souffrait de déficience mentale parce qu'elle n'avait aucun sens de l'équilibre et qu'elle regardait toujours en l'air. Les personnes qui l'entouraient ne lui étaient pas toujours très utiles parce qu'elles parlaient toutes en même temps et que chacune d'entre elles lui disaient ce qu'elle devait faire. Je pris alors conscience qu'elle était aveugle. À l'évidence, son handicap rendait très difficiles ses premiers pas avec sa jambe artificielle, et le fait qu'elle ne comprenait pas vraiment en quoi celle-ci consistait, constituait une difficulté.

Je commençai par guider sa main le long de la prothèse pour l'aider à saisir cette nouvelle réalité et les rampes de marche avec lesquelles elle réapprenait à marcher. Elle se sentit tellement encouragée qu'elle continua de faire des exercices et, en l'espace de deux jours, elle réussit à se déplacer sans aide extérieure, à s'asseoir et à se lever. En touchant la ceinture passée autour de son épaule, qui maintenait en place sa prothèse, elle apprit à accrocher et à décrocher sa jambe artificielle.

Elle apprit également à reconnaître le clic qui indiquait que la prothèse était accrochée et aussi à écouter attentivement le bruit du verrou prothétique pour plier et déplier son genou et surtout le clic de l'extension lorsqu'elle commençait à marcher. Ainsi, elle apprit à mettre et à retirer toute seule son appareil. Je fus très émue lorsque je la vis fièrement montrer à son père comment elle pouvait s'asseoir et se relever, et accrocher et décrocher toute seule sa prothèse.

L'impatience dont elle fit montre pour se "débrouiller" seule était si grande qu'à la maison elle réussit à reprendre son train-train quotidien, et même à s'occuper de son petit frère de cinq ans. Son courage était un cadeau du ciel fait à son père, épuisé d'avoir passé toute sa vie à travailler dans les champs. Il est très triste et a du mal à accepter cette situation.

Ce qui est arrivé à Mahassine n'est pas un accident mais un acte brutal et horrible : la moitié d'une famille a été décimée, une jeune fille aveugle a perdu sa jambe et un père est resté seul en vie pour assurer la subsistance de sa famille.

Mais, tant bien que mal, en dépit de toutes ces épreuves, Mahasinne s'en tire bien. Elle est reconnaissante du soutien qu'elle a reçu pour continuer de vivre, malgré les profondes cicatrices que cette tragédie a laissé de sur son corps et dans son âme. Loin d'être une jeune fille comme les autres, Mahasinne est une source de motivation et d'étonnement, une personne qui, grâce à sa force de caractère, arrive à sourire à chaque pas qu'elle fait.

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14-09-2007