Qu'est-ce qu'une action humanitaire neutre et indépendante ?
L'action humanitaire vise à atténuer les souffrances des personnes victimes de conflits armés et d'autres situations de violence. Ce n'est pas une entreprise politique, d'où la nécessité pour le personnel humanitaire de se positionner clairement en dehors du champ des débats politiques. Les principes de neutralité, d'indépendance et d'impartialité guident l'action du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge depuis ses débuts. Ils contribuent à ce que tous les groupes armés et toutes les communautés impliqués dans toutes les situations de violence acceptent le CICR et lui accordent leur confiance, ce qui essentiel à son action. Ces principes permettent à l'institution d'aider les personnes touchées par les conflits armés, quel que soit leur camp. Notre priorité doit toujours être de faire en sorte d'avoir librement accès aux populations victimes, sans aucune distinction.
Comment cela se traduit-il concrètement dans l'action humanitaire menée au Tchad ?
La situation au Tchad est relativement complexe. Les civils font face à un problème présentant de multiples facettes : un conflit interne entre le gouvernement et les forces d'opposition, comme cela s'est produit récemment à N'Djamena, la capitale, ainsi que des violences intercommunautaires et des raids transfrontaliers qui se répètent.
Cette instabilité fragilise le tissu social et économique des communautés, et l'insécurité actuelle a des répercussions sur la vie des personnes au quotidien. Dans un environnement aussi fragmenté et contesté, il est important que les efforts que nous faisons pour apporter une assistance inconditionnelle aux civils qui en ont besoin ne soient pas compromis par des idées fausses sur nos intentions. La crédibilité et la transparence de notre action sont notre seule protection sur le terrain.
Au Tchad en général, mais plus particulièrement dans l'est du pays, les opérations du CICR répondent aux besoins de toute la population touchée par le conflit armé et d'autres situations de violence. Nous tenons compte non seulement des besoins des personnes déplacées mais aussi de ceux des communautés qui les accueillent et qui doivent supporter une charge supplémentaire. Leurs ressources, telles que l'eau, les terres ou le bois pour le feu, suffisent à peine quand elles doivent faire face à une augmentation soudaine de la population. Nous nous efforçons de développer des activités qui répondent aux différents besoins des populations touchées pour, notamment, éviter de favoriser les déplacements prolongés ou d'accroître les tensions entre les déplacés et les communautés d'accueil. Les personnes qui vivent de l'élevage n'ont pas les mêmes besoins, en termes de biens essentiels, que celles qui gagnent leur vie en faisant le commerce des grains. Les personnes déplacées ne requièrent pas nécessairement le même type d'assistance que celles qui les accueillent.
Que fait le CICR pour aider les gens à rentrer chez eux ?
Le déplacement est une situation provisoire, et il est important pour nous de nous entretenir avec les autorités et les responsables de communautés sur la façon dont nous pouvons chacun jouer un rôle afin de faciliter et de soutenir le retour durable et sans risques des personnes qui ont été obligées de quitter leur foyer en raison de l'insécurité.
L'insécurité est évidemment la préoccupation première des personnes qui rentrent chez elles. À cet égard, le CICR s'emploie à maintenir un dialogue avec les autorités responsables de la sécurité en attirant leur attention sur les problèmes. Cependant, d'autres considérations influencent aussi la décision de retourner d'où l'on vient, comme le fait de savoir si sa maison et son village n'ont pas été détruits, si on aura accès à l'eau, à des installations sanitaires appropriées et aux services de santé, ou si les enfants pourront être scolarisés. Si ce n'est pas le cas, les candidats au retour pourraient y penser à deux fois avant de se mettre en route. Le CICR travaille à fournir la bonne aide au bon endroit et au bon moment, y compris dans les zones qui accueillent les personnes déplacées et dans leurs villages d'origine.
Comment le CICR peut-il protéger la population civile au Tchad ?
La façon de procéder du CICR est fondée sur le maintien d'un dialogue humanitaire constructif avec les autorités et toute autre partie au conflit armé, pour les sensibiliser au sort de la population civile et leur rappeler leurs obligations au regard du droit international humanitaire. Il s'agit pour tous les acteurs impliqués de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'épargner aux populations civiles les dangers qui résultent des combats, et de respecter les personnes et leurs biens. Pour que ce dialogue soit possible et pour contribuer à un environnement où les droits des civils seront respectés, la confiance est un facteur de première importance.
Par ailleurs, le CICR fournit une assistance d'urgence lors des premières phases de déplacement, comme c'était le cas en mars 2007, après les violences à Tierro et Marena, à la frontière avec le Soudan. Nos équipes étaient présentes sur le terrain et elles ont régulièrement évalué les conditions de vie de la population. En coordination avec les communautés elles-mêmes, les délégués du CICR se sont également attachés à répondre à des besoins spécifiques, tels que ceux des communautés pastorales, dont la façon de vivre risque d'être perturbée par les violences et les tensions récurrentes dans l'est du Tchad. Cette présence régulière sur le terrain, auprès des communautés touchées, contribue à assurer leur protection.
Quel est votre point de vue sur le déploiement prochain de la force militaire européenne au Tchad ?
Le déploiement de la force européenne, l'EUFOR, a été décidé dans le cadre d'un processus politique engagé par l'Union européenne, les Nations Unies et le gouvernement tchadien. Le CICR n'a pas pris part à ce processus, mais il va sans dire que le droit international doit être respecté en tout temps. En outre, tous les acteurs impliqués, y compris les forces militaires, doivent comprendre qu'il faut clairement distinguer les opérations militaires des actions humanitaires. Le CICR ne demandera pas à l'EUFOR de protéger son personnel ou ses installations.