Situation humanitaire
Le dialogue bilatéral de l'institution avec toutes les parties au conflit a permis d'avoir accès à des zones où l'absence d'autorités administratives et militaires s'ajoute à l'affaiblissement des mécanismes de survie de la population et où, parfois, comme dans le Nord de l'Assoungha, le CICR est la seule organisation présente.
Le mois de juin a été marqué par les affrontements armés qui ont opposé l'Alliance nationale, coalition de groupes d'opposition armés et l'UFCD, aux forces armées tchadiennes. Les combats dans des zones habitées, qui ont caractérisé cette confrontation, ont occasionné de nombreux blessés, dont des civils, sans qu'il soit possible pour l'instant de fournir des chiffres exacts, étant donné les multiples théâtres d'opération.
Diversifier les approches afin de soutenir les capacités de production des ménages
Le CICR a poursuivi ses actions visant à fournir une assistance d'urgence aux personnes touchées par la violence armée. Bien que l'insécurité ambiante freine encore les mouvements de retour, près de 2 115 familles déplacées ont amorcé un mouvement vers la région sud de l'Assoungha.
Depuis la seconde moitié de 2007, la stabilité dans la région a permis aux nombreuses familles en provenance de la zone frontalière de Borota de regagner leurs terres et leurs maisons. Ce retour volontaire a été aussi motivé par la possibilité de cultiver de larges superficies dans les villages d'origine. Néanmoins, malgré l'existence de ces terres agricoles, de nombreuses familles avaient besoin d'un soutien pour préparer la campagne agricole à venir. Par ailleurs, le retour de milliers de familles nécessite une réhabilitation de l'habitat pour permettre à ces dernières de s'installer dans des conditions adéquates alors que la saison des pluies approche.
Le CICR a développé des approches visant à soutenir ces retours, lorsque les conditions de sécurité le permettaient, en fournissant dans les zones de retours aux ménages concernés des outils et des semences de sorgho, mil et arachides. Une bonne récolte devrait permettre de couvrir les besoins alimentaires de base des populations concernées jusqu'à la prochaine récolte et contribuer ainsi à un retour progressif vers une autosuffisance alimentaire de ces ménages.
Par ailleurs, afin de permettre à ces foyers de disposer de stocks de nourriture en attendant la récolte, toutes les familles présentes dans la zone de retour ont également reçu des rations alimentaires pour un total de 90 jours, distribuées au cours des mois de mai et juin.
Cette assistance en semences, outils, rations alimentaires et ustensiles de ménages a concerné, en mai, un peu plus de 2000 familles dans la zone de retour de Borota. Une seconde ration a été distribuée en juin 2008 à 2192 familles retournées dans la même zone.
Poursuite de l'assistance sur les sites de déplacés
Malgré cette évolution positive, près de 1 975 familles demeurent encore sur les sites de déplacés tels qu' Arkoum, Goundiang et Hille Deye dans le sud de l'Assoungha. Ces ménages, malgré la prolongation du déplacement, ont accès à des terres soit dans les régions d'accueil, soit dans leurs villages d'origine.
L'un des défis principaux en matière d'assistance dans une situation aussi contrastée que celle de l'est du Tchad consiste à développer une approche cohérente qui accompagne le retour tout en ne perdant pas de vue les besoins des ménages demeurant sur site et en respectant leur choix de ne pas rentrer dans l'immédiat. Cependant, il reste essentiel que l'existence ou l'absence d'assistance humanitaire ne constituent pas des facteurs déterminants dans la décision de rentrer. Par une réponse diversifiée, fondée sur une analyse des besoins et une bonne connaissance du terrain, le CICR tente de développer des programmes qui ne contribuent pas à une prolongation artificielle du déplacement et respectent les choix des bénéficiaires.
Les ménages déplacés ont donc reçu la même assistance pour la campagne agricole à venir que celle dont ont bénéficié les ménages dans les zones de retour afin de soutenir leur production et limiter leur dépendance à l'assistance humanitaire :
- En mai 2008, 1975 familles déplacées d'Arkoum, Goundiang et Hille Deye ont reçu un kit de semences pluviales et outils agricoles. Cette assistance pour la campagne agricole 2008 a été accompagnée par une ration alimentaire de protection/semences de 30 jours. Par ailleurs, à Adé (région du Dar Sila) où le CICR est le seul acteur humanitaire dans le domaine de la sécurité alimentaire, l'organisation a adopté la même approche que dans l'Assoungha pour soutenir la production des ménages. Ainsi, 3250 ménages déplacés y ont-ils reçu des semences, outils et rations alimentaires en mai.
- En juin 2008, une deuxième ration alimentaire de 60 jours a été distribuée à 3191 ménages déplacés à Adé et Charoub Tama et à 2010 familles déplacées dans le Sud de l'Assoungha.
Enfin, le CICR a continué à suivre les activités des groupements maraîchers, bénéficiaires des projets productifs à Dogdoré, dans le Dar Sila.
Répercussions de l'insécurité sur les modes de vie et la production des populations nomades et semi-nomades
La détérioration des conditions de sécurité à l'est du Tchad a également des répercussions sur les populations vivant de l'élevage. En effet, afin d'éviter les zones de tension, celles-ci s'éloignent de plus en plus des centres urbains, et donc des services vétérinaires pourtant essentiels à leur mode de vie et à leur sécurité alimentaire et économique. Les services vétérinaires situés dans la zone frontalière sont également touchés par l'instabilité qui règne et éprouvent des difficultés à avoir accès aux éleveurs.
Dans ce contexte, le CICR a poursuivi ses programmes visant à améliorer la santé vétérinaire. En collaboration avec les services vétérinaires tchadiens, le CICR a pu contribuer à la formation de 61 auxiliaires vétérinaires dans les régions du Dar Sila et du Dar Zaghawa. Le centre vétérinaire de Goz Beida a par ailleurs reçu une donation de 18,250 doses de vaccins contre les principales pathologies animales, afin de permettre de prévenir les épidémies qui ont le potentiel de décimer le cheptel et donc la source de revenus de nombreux foyers.
Ces actions permettent à 3050 ménages tirant tout ou partie de leurs revenus de l'élevage d'améliorer la santé de leur bétail, de diminuer le taux de mortalité et d'améliorer le niveau des produits d'élevage (viande, graisse, lait).
Autres projets de la délégation du CICR
Approvisionnement en eau
- Réhabilitation des réseaux hydrauliques dans les villes d'Adé, Adré et Iriba,
- Construction de deux puits dans les zones rurales du Dar Sila et de l'Assoungha
- Nettoyage de douze puits à ciel ouvert à Adré et dans le sud de l'Assoungha
Assistance aux blessés de guerre
- Fourniture de médicaments, matériel médical, d'hygiène et de couchage à l'hôpital d'Abéché afin de faciliter la prise en charge des personnes blessées suite aux combats de juin 2008
- Donation de kits de pansement à l'infirmerie de la région militaire d'Abéché et aux centre de santé de Goungour et Am Zoer
Amélioration de la santé maternelle et infantile
- Soutien structurel (réparations, constructions) et matériel (médicaments, pansements etc.) à quatre centres de santé situés dans l'Assoungha (Arkoum, Borota, Goungour et Kawa).
- Formation de 95 accoucheuses traditionnelles à Borota, Goungour et Kawa
- Vaccination de 6912 enfants âgés de 1 à 14 ans contre la rougeole
Protéger la dignité et l'intégrité des populations civiles
- Visites de 1 063 détenus dans 33 lieux de détention
- Poursuite des recherches familiales pour 405 enfants non accompagnés ou séparés dont 26 associés aux forces et groupes armés
- Suivi de 12 demandes de recherches ouvertes au Soudan, 62 demandes de recherches ouvertes au Tchad et 2 demandes de recherche ouvertes dans des pays tiers par le CICR ou une Société nationale
- Réunion de 6 enfants liés à l'organisation l'Arche de Zoé avec leurs parents vivant au Soudan
Prévenir les violations du droit international humanitaire
- Organisation de séances d'information pour près de 260 officiers et sous-officiers issus de l'ANT, de la gendarmerie et de la Garde nationale nomade du Tchad et de la Police nationale à travers le pays
- Soutien didactique à l'enseignement du DIH à l'École de formation des formateurs en DIH de l'armée et à l'Université d'Abéché
- Participation à la formation des éléments du Détachement intégré de sécurité formés par la MINURCAT
Coopération avec la Croix Rouge du Tchad (CRT)
Poursuite du soutien à la Croix-Rouge du Tchad dans les domaines de la préparation à la gestion des catastrophes, la diffusion des principes fondamentaux et le rétablissement des liens familiaux.