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19-12-2007  Interview  
Violences sexuelles au Congo (RDC) : les victimes sur le banc des accusés
La violence armée en République démocratique du Congo s'est accompagnée, depuis une dizaine d’années, d’un usage systématique du viol et des agressions sexuelles par les forces combattantes. Ces dernières années, des violences sexuelles sont également le fait de civils et de démobilisés. La plupart du temps, ces crimes restent impunis. Nancy Beaudouin, de retour d’une mission dans ce pays comme déléguée psychosociale du CICR, parle des activités que l'organisation a déployées pour venir en aide aux victimes de ces violences.

Nancy Beaudouin
Quels sont les programmes que met en œuvre le CICR pour prévenir les violences sexuelles et pour aider et soutenir les victimes de ces actes ?

Au-delà des actions de protection traditionnelles du CICR visant à mettre un terme aux exactions graves, telles que massacres, pillages, exécutions ou viols, l’institution a développé en République démocratique du Congo des programmes spécifiques pour la prise en charge globale des victimes de violences sexuelles. Des équipes multidisciplinaires dispensent des soins médicaux, favorisent la réinsertion psychosociale des victimes et mènent également des campagnes de prévention auprès des communautés. De plus, un projet de soutien économique aux victimes est prévu pour 2008. Le rôle du CICR consiste principalement en un support aux associations locales qui assistent les victimes de viol : il s’agit, d’une part, de former les volontaires de ces associations afin de leur permettre de mieux identifier, accueillir et orienter les victimes et, d’autre part, de soutenir matériellement des structures telles que les maisons d’écoute.

Que sont les maisons d'écoute ? Comment fonctionnent-elles ?

Ce sont des lieux d'accueil destinés aux victimes de violences sexuelles. Ils sont gérés par des volontaires d'associations locales et offrent aux victimes un espace d'écoute confidentielle, loin des regards indiscrets. Les maisons servent également de lieu d'hébergement : certaines jeunes filles ou femmes, rejetées par leur famille ou leur époux à la suite d’un viol, y sont recueillies le temps nécessaire, parfois pendant des semaines, voire des mois. La plupart des maisons d'écoute sont très vétustes et ne disposent pour loger ces victimes que de nattes ou de lits en feuilles de bananier.

J'ai rencontré dans ces maisons nombre de femmes et d'enfants venus parler de leur calvaire, chercher conseil et se reposer. Beaucoup y arrivent en piteux état, accablés par la fatigue et la faim – certaines doivent marcher plusieurs jours pour atteindre une maison d'écoute – et dans un état physique et moral des plus fragiles.

À leur arrivée, les victimes sont orientées vers des structures médicales pour y recevoir les soins (voir l'interview de Amalia Larralde, infirmière du CICR). Les volontaires des maisons d'écoute font de leur mieux pour répondre à leurs besoins essentiels, leur procurant de la nourriture et donnant un pagne à celles dont les habits sont en lambeaux. Ces volontaires sont très dévoués, et certains n'hésitent pas à recourir à leurs propres ressources, pourtant déjà bien maigres. Je pense par exemple à cette volontaire qui, dans un geste de solidarité et d’hospitalité congolaise, a partagé la patate douce destinée à ses quatre enfants avec une femme qui venait d'arriver à la maison d’écoute.

Qu'advient-il des enfants nés à la suite d'un viol ?

Certains enfants issus d’un viol sont rejetés. Parfois le rejet est total et brutal, sous forme d'infanticide. Dans d’autres cas, l'enfant est abandonné ou maltraité par sa mère, à qui il rappelle son agresseur et la source de ses malheurs. Mais dans la majorité des cas que j’ai connus ou que l'on m’a rapportés, l’enfant était rejeté ou stigmatisé non par la femme violée, mais par son mari ou sa famille.

L'identité de l'agresseur est souvent un facteur déterminant du rejet d’un enfant, en particulier si cet agresseur est étranger à la communauté de la victime et, de surcroît, perçu comme un ennemi.

Quelles sont les activités mises en œuvre pour lutter contre le rejet et la stigmatisation des femmes violées ?

Les campagnes de sensibilisation auprès des communautés sont un moyen de prévenir le rejet et la stigmatisation. C’est un travail de longue haleine avec peu de résultats immédiats, car faire reconnaître que la victime n'est pas fautive implique de changer les mentalités et de briser des tabous et des préjugés. Afin de donner plus d’impact à ces campagnes, nous cherchons en particulier à développer des contacts avec les personnes influentes des communautés.

Pour accompagner cette action, le CICR a produit une vidéo destinée aux communautés des régions les plus touchées par la violence. Il s’agit de l’enregistrement d’une pièce de théâtre abordant les différents thèmes lié au viol, tels que le risque du rejet de la victime, la stigmatisation ou les dangers pour la santé.

Enfin, il est très fréquent que les volontaires travaillant dans les maisons d'écoute soient sollicités par des femmes pour intervenir auprès de leur entourage. Ils jouent alors un rôle de médiateurs entre les victimes et leurs proches et aboutissent parfois à des résultats encourageants. Dans ce domaine également une bonne formation des volontaires peut être un gage de réussite. En août et septembre 2007, 60 volontaires ont suivis une telle formation.

Les victimes de viol sont-elles aidées économiquement pour réussir leur réinsertion dans la société ?

De nombreuses victimes de viol, mises au ban de leur famille et de leur communauté, se retrouvent seules avec leurs enfants, sans moyen de subsistance ni accès à un travail.

Pour surmonter leur traumatisme et vivre dignement, il est essentiel que ces femmes soient assurées d’une autonomie économique. Le CICR a prévu, dès l’année prochaine, de soutenir économiquement des programmes de microprojets mis sur pied par des associations locales partenaires.

La plupart de ces microprojets sont gérés à partir des maisons d’écoute, en fonction des réalités économiques locales. Il s’agit de projets d'agriculture, d’élevage de bétail ou de petit commerce, dont sont bénéficiaires non seulement les victimes d’agression sexuelle, mais également d’autres personnes particulièrement vulnérables, comme des indigents ou des handicapés.

Pouvez-vous nous raconter l'histoire d'une femme qui vous a particulièrement marquée ?

Il m’est difficile d'évoquer un seul cas en particulier. Beaucoup de visages et d'histoires me viennent à l'esprit.

Je pense notamment à cette fillette de 11 ans qui a réussi à se sauver des mains de son agresseur de 18 ans, et à qui on a reproché son courage et sa chance. La femme étant fautive par définition, cette petite fille a subi un rejet massif des membres de sa communauté, qui la considéraient comme une « agresseuse d'homme ».

Je pense aussi à celles qui, désespérant de pouvoir revenir auprès de leur mari ou de leur famille, continuent à demander pardon pour la faute d'avoir été victimes.

Et finalement, je pense aux volontaires qui travaillent depuis des années dans ces maisons d'écoute, dans des zones dangereuses et des conditions de précarité extrêmes, afin de venir en aide aux « mamans violées ». Merci, un grand merci pour votre solidarité et votre ténacité, et enfin merci pour la très belle leçon d'humanité que j'ai reçue à vos côtés.

Voir aussi le reportage sur la violence sexuelle en RDC et les histoires de deux femmes qui en ont été les victimes.


©ICRC/ W. Lembryk / cd-e-00431

©ICRC/ W. Lembryk / cd-e-00431
Près de l'hôpital Panzi de Bukavu

©ICRC/ W. Lembryk / cd-e-00440
Goma. Clinique Cepac Cashero.

©ICRC/ W. Lembryk / cd-e-00432
Hôpital Panzi de Bukavu : une femme victime de violences sexuelles et son enfant

Brochure publiée par la délégation du CICR en RDC

pdf fileBrochure en format PDF

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19-12-2007