Situation humanitaire
La période a été particulièrement difficile pour les habitants du territoire de Masisi (Nord Kivu), l'un des principaux terrains d'affrontement. Dans cette zone, la recrudescence de l'insécurité a également entravé le travail des organisations humanitaires et certaines d'entre-elles ont subi des pillages lors de leurs déplacements sur le terrain.
Les accrochages entre les groupes armés ont aussi touché d'autres régions, en particulier le territoire du Lubero dans le Nord Kivu et celui de Kalehe dans le Sud Kivu.
Une relative accalmie dans certaines zones de Rutshuru (Nord Kivu), a encouragé, courant avril 2008, quelques milliers de civils à revenir à leurs villages natals. Cependant, fortement affaiblies par des mois de déplacement et ayant souvent perdu la plupart de leurs biens, ces personnes manquaient de ressources pour reprendre leurs activités agricoles traditionnelles.
Dans l'ensemble du Nord Kivu, l'économie a été fortement affectée par la situation sécuritaire. Les populations locales ont eu des difficultés à se procurer des vivres et des biens de première nécessité, à accéder aux soins de santé, aux médicaments et même à l'eau potable.
La principale cause d'insécurité demeure le grand nombre d'abus commis par les porteurs d'armes contre des civils, notamment des pillages, des viols et des recrutements forcés de mineurs.
Réponse du CICR
Entre avril et août 2008, pour mieux répondre aux divers besoins engendrés par le conflit, le CICR a mené une large palette d'actions de protection des victimes du conflit et d'assistance en leur faveur. Les activités ont été focalisées prioritairement sur des zones peu ou pas couvertes par d'autres acteurs humanitaires.
Assistance
Le CICR a distribué de l'assistance aux civils ayant fui les combats, aux familles ou aux communautés qui les reçoivent ainsi qu'aux personnes qui sont rentrées chez elles et éprouvent des difficultés à retrouver une autonomie de production.
Depuis le mois d'avril, plus de 1 000 tonnes de vivres (farine de maïs, huile d'arachide, haricots, sel) ont été distribuées, avec l'aide des volontaires de la Croix-Rouge de la RDC, à 50 000 civils affectés par le conflit dans les territoires de Masisi et Rutshuru (Nord Kivu).
Le CICR a également offert des semences et des outils aux civils de retour dans leurs villages d'origine pour leur permettre de reprendre une activité agricole.
Enfin, plus de 12 500 déplacés au Nord et au Sud Kivu ont reçu des biens essentiels (seaux, vêtements, savons et ustensiles de cuisine).
Plus de 130 000 personnes ont bénéficié des projets d'approvisionnement en eau du CICR entre avril et août 2008. Les systèmes installés dans les villages de Njapanda et Bulambu (Nord Kivu) ont permis de capter des sources, situées parfois à des dizaines de kilomètres des habitations. Les interventions d'urgence à Kitchanga (territoire de Masisi, Nord Kivu) et à Minova (territoire de Kalehe, Sud Kivu) ont assuré un accès à l'eau potable à plus de 18 000 déplacés.
Le CICR a continué d'assister en médicaments et matériels essentiels plusieurs hôpitaux et centres de santé se trouvant sur les principaux axes de déplacement tels que Kayna, Nyamilima, Nyabiondo, Kitchanga et Matchumbi dans le Nord Kivu.
Dans les zones affectées par le conflit au Nord et Sud Kivu, le CICR a poursuivi le soutien à des structures chirurgicales et médicales situées principalement sur les axes de déplacement des populations. Au total 13 hôpitaux et 7 centres de santé ont été assistés en médicaments et matériel chirurgical. Plus de 1 000 interventions chirurgicales ont ainsi pu être effectuées, notamment sur des blessés de guerre.
Ces structures de santé ont également reçu des kits PEP permettant de traiter dans les plus brefs délais les victimes de violences sexuelles.
Le CICR a maintenu son soutien aux 37 associations psychosociales (maisons d'écoute) qui accueillent et orientent les victimes de viols dans le Nord et dans le Sud Kivu. Entre avril et août, le CICR a soutenu une campagne de sensibilisation à cette problématique menée par les maisons d'écoute à l'intention de plus de 60 000 civils.
Protection et prévention
Populations civiles
Suite aux nombreuses allégations de viols, de pillages et d'autres abus recueillies depuis le mois d'avril par ses délégués, le CICR a intensifié les contacts avec tous les belligérants afin de leur rappeler leurs obligations découlant du droit international humanitaire (DIH).
Les témoignages de civils ayant subi des abus par des porteurs d'armes ont permis au CICR de mener des interventions bilatérales et confidentielles auprès des parties au conflit, tout en préservant l'anonymat des victimes.
En parallèle, des séances d'information sur le DIH ont été réalisées à l'intention de plus de 1 200 porteurs d'armes, réguliers et irréguliers, avec l'objectif de convaincre les belligérants de prendre toutes les mesures nécessaires pour limiter les conséquences du conflit.
Durant la même période, plus de 25 000 messages Croix Rouge (brefs messages contenant des nouvelles familiales) ont été acheminés depuis et vers les Kivus par le CICR en collaboration avec la Croix Rouge de la RDC. Ces messages ont permis à des familles séparées par le conflit de maintenir ou de rétablir le contact. Depuis avril, 91 enfants (dont 44 issus des groupes armés) ont été réunis avec leurs proches grâce à l'Agence de recherche du CICR et avec le soutien de la Croix-Rouge de la RDC.
Personnes privées de liberté
Entre avril et août 2008, les délégués du CICR ont effectué 15 visites dans 11 lieux de détention au cours desquelles ils ont visité près de 1 900 détenus. L'objectif de ces visites est de s'assurer que les personnes privées de liberté sont traitées en conformité avec les standards internationaux en vigueur et de leur permettre d'échanger des nouvelles familiales.