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22-07-2008  Éclairage  
Côte-d'Ivoire : un hôpital sous perfusion
À Korhogo, l'hôpital n'a que de maigres moyens, et des légions de patients insolvables. Mais il est des jours où la collaboration entre le CICR et du personnel dévoué sauve des vies, comme celle d'Amandine*. Récit de Iolanda Jaquemet.

13 mai 2007, il est 9 heures du matin, Amandine arrive au service d'obstétrique du Centre hospitalier régional de Korhogo, dans le nord de la Côte-d'Ivoire. Elle ne sait pas son âge, que l'hôpital estime à 16 ou 17 ans. Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'elle est sur le point d'accoucher. Et que le médecin de garde diagnostique un bassin trop étroit.

Mais Amandine n'a pas le premier des 100.000 francs CFA (environ 250 dollars) que coûte une césarienne, et Sékou Soumahoro, assistant social présent sur les lieux, ne peut pas mobiliser ce montant. C'est, à l'évidence, un cas de vie ou de mort. "J'ai payé de ma poche l'essence pour ma mobylette et j'ai commencé ma tournée", dit Sékou.

Un filet social pour les cas graves

La parenté d'Amandine présente à Korhogo – l'adolescente vient en fait de l'ouest du pays – ne montre guère d'enthousiasme. Le père du bébé à naître, un lycéen, reconnaît sa responsabilité, mais son propre père refuse de payer les frais de l'opération. Après d'autres tentatives infructueuses, l'assistant social vient frapper à la porte d'Élise Bjerkrheim, responsable du bureau local du CICR.

"C'était évident que nous devions tout tenter pour sauver cette jeune femme", dit la déléguée. Après quelques coups de fil et des consultations, une solution se dessine. Celle-ci viendra finalement du centre hospitalier de Korhogo, l'un des quatre que le CICR soutient dans le nord depuis 2003.

"En juin 2007, nous avons mis en place un don mensuel de médicaments à l'hôpital", explique le docteur Amadou Fadiga, employé du CICR dans la région. "Une partie de ces médicaments sont destinés à la vente et le bénéfice, de l'ordre de 300 à 500,000 francs CFA, sert à la prise en charge des cas sociaux. Nous avons demandé qu'on donne la priorité aux cas en maternité et en pédiatrie et, bien sûr, en situation de risque mortel."

Amandine remplit tous ces critères. Mais, ce jour-là, la "caisse sociale" n'a pas assez de fonds. À force de persuasion, Élise Bjerkrheim et le docteur Fadiga trouvent un arrangement : l'hôpital diminue ses tarifs et la pharmacie avance de l'argent sur ses bénéfices à venir. À 22 heures, Amandine accouche par césarienne d'une petite fille en parfaite santé. Épuisé mais heureux, Sékou Soumahoro peut rentrer chez lui.

"Nous étions l'hôpital de référence du nord, mais depuis le début de la crise, en 2002, nous avons subi un exode massif du personnel soignant et une détérioration de nos services", soupire le directeur, le docteur Jules Kra Yao. Heureusement, dit-il, le CICR a apporté beaucoup d'aide sur le plan médical."

Et de citer le don de deux autoclaves à vapeur pour stériliser le matériel médical. Avant, le taux d'infections post-opératoires approchait les 100 pour cent. Aujourd'hui, une première étude faite en gynécologie obstétrique, l'un des deux services bénéficiaires avec la chirurgie, montre que ces "suppurations" ont pratiquement été éliminées.

Autre priorité : combattre les taux élevés de mortalité maternelle (plus de deux fois et demi celui du Mali voisin) et néonatale. "Nous avons formé 58 infirmiers et accoucheurs qualifiés de la région de Korhogo, plus une vingtaine de Katiola, et l'intérêt a été énorme", raconte le docteur Amadou Fadiga du CICR. L'organisation a également donné beaucoup de matériel en maternité et chirurgie, élaboré des protocoles de suivi médical, ou encore fourni un appui aux services administratifs.

Sans eau, pas d'hôpital

Sans oublier les problèmes d'eau et d'assainissement. "Il y a deux semaines, notre dernière pompe à eau, totalement vétuste, s'est cassée", raconte le directeur. Sans eau, pas d'hôpital. En 48 heures, le délégué eau et habitat du CICR à Korhogo, Michel Vouilloz, en commandait une nouvelle, dont il est en train de superviser l'installation.

Michel Vouilloz met aussi la dernière main à quelques études de faisabilité. "La priorité serait une nouvelle fosse septique, dit-il. L'actuelle est totalement insalubre, et fait courir des risques au quartier adjacent." L'ingénieur rédige aussi un projet de remise en marche de l'incinérateur de l'hôpital, arrêté durant la crise faute de gaz liquide, et qui pourrait, affirme-t-il, "aisément offrir un service centralisé pour toutes les structures médicales de la région".

De son côté, Sékou Soumahoro fait le point sur sa situation : "Le montant de la caisse sociale se résume au produit de la vente des médicaments de la pharmacie. Tous les jours, je reçois en moyenne 30 demandes d'aide, dont certaines sont sérieuses. Et chaque mois, je ne peux aider que dix cas peu coûteux, ou deux cas lourds." Même si cela ne réglera pas tous les problèmes, Sékou est heureux de savoir que le CICR compte augmenter sensiblement son apport en médicaments, renforçant du coup les ventes destinées à alimenter la "caisse sociale.

Dans la salle des accouchées par césarienne, Amandine se repose. Après discussion avec Sékou, elle vient de trouver un nom à sa fillette. La petite, qui respire paisiblement aux côtés de sa mère, s'appellera Élise.

*nom d'emprunt

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22-07-2008