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31-12-2001  Rapport  
Bombes à dispersion et mines terrestres au Kosovo – Les pièges explosifs de l'après-guerre
Ce rapport présente une vue d'ensemble, sur une période d'une année (juin 1999 - mai 2000), du lourd tribut humain et social payé par la population civile du Kosovo à la présence de mines, sous-munitions de bombes à dispersion et autres engins non explosés.

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Introduction

Dans leur grande majorité, les conflits des temps modernes ont laissé dans leur sillage le problème des munitions non explosées, dont la menace continue à peser après la fin des hostilités. Pouvoirs publics et populations civiles locales doivent résoudre le problème des obus d’artillerie, bombes, mines terrestres, grenades, pièges explosifs et même parfois missiles non explosés qui, bien souvent, demeurent en place pendant plusieurs dizaines d’années. La présence de ces « pièges explosifs de l’après-guerre » a de lourdes conséquences sur les plans humain, social et économique. Entre 1945 et 1981, par exemple, les forces armées polonaises ont procédé à l’enlèvement de quelque 88 millions de munitions non explosées datant de la Seconde guerre mondiale ; pendant la même période, 4 094 civils ont été tués et 8 774 ont été blessés par ce type de munitions en Pologne. Aujourd’hui encore, de nombreux pays européens continuent à dépolluer des terrains dans lesquels subsistent des engins explosifs, vestiges de la Seconde guerre mondiale.


Depuis 1945, la grande majorité des conflits armés se sont déroulés dans des pays pauvres, ne disposant pas des capacités nécessaires pour résoudre le problème des munitions non explosées. Dans le même temps, les armements perfectionnés ont rapidement proliféré, tandis qu’étaient mis au point des moyens de lancement qui permettent de disperser des munitions en très grand nombre et sur de vastes zones. Vestiges des guerres d’Indochine des années 1950, 1960 et 1970, des quantités massives d’engins non explosés subsistent dans les pays de la région. Cette pollution est à l’origine des premières mesures prises dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies afin de résoudre le problème des « débris de guerre ». Au Laos, pour ne citer que l’un des pays de la région, environ 11 000 personnes auraient été tuées ou blessées depuis 1975 par quelque 9 millions de munitions non
explosées.

Lors des conflits de ces vingt dernières années, les munitions non explosées, en particulier les sous-munitions de bombes à dispersion qui peuvent être rapidement lancées en grande quantité — par milliers, par dizaines de milliers, voire par millions — ont provoqué des problèmes qui n’ont cessé de prendre de l’ampleur. Ces sous-munitions ont été utilisées en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, pendant la guerre Érythrée-Éthiopie, la guerre des Îles Falklands (Malvinas) et la guerre du Golfe, ainsi que dans la Fédération de Russie (Tchétchénie) et, tout dernièrement, au Kosovo.

Si la présente étude est axée sur le Kosovo, ce n’est ni parce que la situation y est exceptionnelle, ni parce que cette région est la plus durement touchée par le problème des munitions non explosées. Ce choix est dû à la grande facilité avec laquelle le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les Nations Unies et les autres organisations concernées par la situation postconflictuelle ont eu accès à l’ensemble de la province. De ce fait, ces différentes organisations ont pu réunir une documentation abondante et fiable sur les problèmes rencontrés à la fois par la population civile et par les organismes qui réalisent les programmes de déminage et de sensibilisation aux dangers des mines et des munitions non explosées. Le conflit international déclenché par la situation au Kosovo a aussi retenu l’attention pour une autre raison. En effet, bien qu’il n’ait duré que onze semaines (24 mars - 10 juin 1999), le conflit aura de lourdes conséquences à long terme, car le problème des « pièges explosifs de l’après-guerre » ne pourra être résolu avant de nombreuses années. Il faut espérer que les enseignements tirés de cette expérience seront mis à profit non seulement à des fins de prévention, mais aussi pour accroître l’efficacité des programmes de lutte contre les effets des mines et des munitions non explosées.

Avant même que les premiers réfugiés aient commencé à regagner le Kosovo, en juin 1999, le CICR avait mis en place d’importants programmes — aide alimentaire, assistance médicale et sensibilisation aux dangers des mines — visant à réduire les risques courus par les réfugiés se trouvant à l’extérieur de la province. À la fin des hostilités, en juin 1999, ces programmes ont été rapidement étendus à la population civile vivant à l’intérieur du Kosovo. Manifestement, toutefois, les mines terrestres n’étaient pas les seuls « pièges explosifs de l’après-guerre » qui menaçaient les habitants de la province. D’autres munitions non explosées, telles que les sous-munitions de bombes à dispersion, faisaient en effet autant de victimes parmi les civils que les mines terrestres.

La présente étude vise à offrir une vue d’ensemble de l’emploi, au Kosovo, des mines, des bombes à dispersion et d’autres munitions explosives, ainsi que des conséquences subies par la population civile. Les informations concernant les effets de ces armes après le conflit ont été recueillies, pour la plupart, dans le cadre du vaste programme de prévention que le CICR a mis en place dans la province ; certaines sont aussi tirées des rapports que d’autres organisations humanitaires ont transmis au Centre de coordination de l’action antimines des Nations Unies (UNMACC) au Kosovo. Le coût humain des problèmes engendrés par les munitions non explosées au Kosovo pendant une période d’une année, de juin 1999 à mai 2000, se trouve ainsi reflété de manière exhaustive dans la présente étude.


Le CICR sait qu’il n’est malheureusement pas toujours possible d’éviter les pertes civiles lors des conflits armés. Il est cependant convaincu que, lorsque les hostilités sont terminées, les incidents dus aux munitions non explosées sont, dans une large mesure, à la fois prévisibles et évitables. Le but de la présente étude est de permettre aux gouvernements, aux agences humanitaires, aux militaires, aux organismes de déminage et aux autres organisations intéressées d’amorcer un dialogue pour définir la voie à suivre afin de réduire de façon radicale le nombre de victimes des « pièges explosifs de l’après-guerre ». Les conclusions et recommandations préliminaires du CICR figurent à la fin du présent document.

Autres documents dans cette section :
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31-12-2001