Les jeunes volontaires de la Croix-Rouge de la Guinée-Bissau se mobilisent
Des volontaires témoignent :
Edigar Barreto, enseignant, a abandonné son travail pour porter secours aux gens qui mouraient : "C'est un des principes de la Croix-Rouge, j'ai voulu tout donner pour sauver des vies. Le plus dur était de gagner la confiance des villageois. Vous savez dans ces zones reculées les gens sont très méfiants. Mais nous avons parfois été surpris de l'accueil qui nous a été réservé, par exemple à Esukujac, où les jeunes ont interrompu les préparatifs d'une fête pour venir nous assister"
Dionisio Biague, couturier, 28 ans : "Le travail était très fatiguant mais utile. J'ai pu aider des personnes qui avaient besoin de moi. Nous avions reçu une formation au préalable. J'ai d'ailleurs été très impressionné par la collaboration qui s'est installée entre notre Croix-Rouge, le CICR et les autorités sanitaires de la région."
Dans la région de Sao Domingos, au nord-ouest du pays, peu d'acteurs humanitaires sont présents : la Croix-Rouge de la Guinée-Bissau (CRGB), l'ONG VIDA, des religieux catholiques et le CICR. Cette région, isolée, défavorisée et dans laquelle les malades ont un accès extrêmement limité aux soins médicaux de base, a également été touchée par l'épidémie de choléra.
Selon M. Pedro Vaz, directeur régional adjoint de la santé, "l'épidémie a d'abord frappé le village de Bulol, dans l'aire sanitaire de Varela. Le premier décès a eu lieu le 14 août et dans la semaine qui a suivi, 30 à 40 cas et 7 décès ont été enregistrés. Le 26 août le premier cas a été signalé à Sao Domingos. Dans toute la zone sanitaire, qui compte près de 85 000 habitants, on a recensé à la date du 1er octobre quelques 162 cas déclarés de choléra et 13 décès".
©ICRC
Un volontaire dans un village de la région de Sao Domingos.
Une petite équipe de 30 volontaires de la CRGB de Sao Domingos, appuyés et formés par le CICR se sont mobilisés pour mener une campagne de prévention auprès des populations des districts de Suzana et Varela (à l'ouest de la région) auxquelles ils ont expliqué quelles sont les précautions à prendre pour prévenir la propagation de la maladie. Les volontaires, équipés de pulvérisateurs mis à leur disposition par l'ONG VIDA et de produits de désinfection fournis par le CICR, ont, par la même occasion, effectué des désinfections.
La seule route reliant Sao Domingos à l'ouest de sa région étant considérée comme dangereuse à cause de la découverte récente d'une mine anti-véhicule à 6 km de la ville, il a fallu emprunter d'autres itinéraires pour atteindre certains villages.
Anssu Cisse, responsable des volontaires de la CRGB de Sao Domingos, explique : "Nous étions trois équipes de cinq volontaires. Nous avons parcouru les bolongs (marécages et mangroves) des régions de Suzana et Varela à bord de pirogues, seul moyen de transport permettant d'atteindre ces zones. Parfois, nous avons dû marcher une à deux heures pour atteindre les villages les plus reculés". En un peu plus de 9 jours, ces 15 volontaires ont atteint 21 villages, d'environ 14 000 personnes et désinfecté 250 puits et 220 latrines.
Éviter la propagation de la maladie dans l'hôpital de Sao Domingos
©ICRC
Désinfection dans le marché de Sao Domingos.
Pour prévenir les risques de propagation de la maladie dans l'enceinte du petit centre de santé de Sao Domingos, les volontaires de la CRCB, soutenus par le CICR, ont construit un abri provisoire permettant d'isoler les malades atteints de choléra.
Filomena Da Silva, petite femme énergique, l'une des deux infirmières volontaires de la Croix-Rouge qui se relayent en permanence au centre de santé depuis le 19 septembre, explique : "L'abri compte 10 lits et un petit bureau. Les patients atteints de choléra sont conduits à l'hôpital pour être soignés, puis transférés dès que possible dans cet abri afin d'éviter tout risque de contamination dans l'hôpital."
Chaque fois qu'un nouveau cas est repéré, des volontaires se rendent au domicile du malade pour effectuer une désinfection. Actuellement deux équipes de volontaires restent mobilisées et continuent de parcourir les quartiers de Sao Domingos, son marché, et les villages alentours.
Pourtant, même si la motivation dont font preuve les jeunes volontaires de Sao Domingos force l'admiration et si le travail accompli est conséquent, l'épidémie est loin d'être circonscrite. Plusieurs villages n'ont pas encore été couverts, notamment à l'Est de Sao Domingos, le centre de santé d'Ingore aurait besoin d'un abri similaire à celui installé à Sao Domingos et, d'une manière générale, les moyens font cruellement défaut dans cette région. De surcroît, les pluies abondantes de cette année pourraient favoriser un prolongement de l'épidémie.