« Cela fait 27 ans que je vis ici, déclare David Kibaara. Ma femme m’a rejoint il y a 15 ans et depuis, nous nous sommes installés et nous avons bâti notre vie ici. Aujourd’hui tout ce qu’il nous reste tient dans ces trois sacs plastique. » David, sa femme et deux de leurs enfants attendent un vol à l’aéroport de Kisumu : après les violences qui ont suivi les élections du 27 décembre au Kenya, ils ont décidé de fuir la région.
Trois jours après les émeutes d’une violence inouïe dont Kisumu a été le théâtre, le centre marchand de la ville offre un spectacle de désolation : vitrines brisées, bâtiments calcinés et longues files de personnes qui attendent devant les quelques rares magasins encore ouverts. « La situation a dégénéré et les actes de pillage se sont multipliés », explique John, un collaborateur de la section locale de la Croix-Rouge du Kenya de Kisumu. « Les magasins ont été pillés pour les marchandises qu’ils recelaient, et pas uniquement en raison de l’origine ethnique des propriétaires. »
La Croix-Rouge du Kenya a recensé plus de 350 personnes ayant trouvé refuge, les premiers jours, dans trois camps de la ville de Kisumu, où la plupart des personnes qui se sont enfuies de chez elles sont des hommes d’affaires, des cadres, ou des gens qui s’étaient établis dans la région pour travailler. Certains espèrent retourner chez eux un jour, mais d'autres affirment partir pour de bon.
Après que les forces de sécurité eurent démantelé les barrages routiers mis en place par des gangs locaux, davantage de personnes encore ont afflué des régions environnantes vers les camps, tandis que ceux qui en avaient les moyens prenaient l’avion ou se dirigeaient par la route vers d'autres régions du pays.
Dans la ville de Kakamega, au nord de Kisumu, plus d’un millier de personnes campent autour du poste de police. Des camions stationnés dans les environs contiennent ce qu’elles ont pu sauver de leurs affaires. D’autres familles vivent dans leurs « matutus », les minibus utilisés pour le transport public au Kenya. Tandis que beaucoup d’autres ont déjà quitté Kakamega, elles hésitent encore à partir, de peur de voyager, ou parce qu’elles ne sont pas résolues à abandonner ce qui a été épargné de leur maison et de leurs biens.
« Affluant de différentes régions du pays, beaucoup de déplacés se rendent vers des centres urbains plus importants du sud et de l'est du Kenya », explique Pascal Cuttat, chef de la délégation régionale du CICR à Nairobi. « Avec la Croix-Rouge du Kenya, nos collaborateurs à l’œuvre sur le terrain suivent de près ces mouvements pour déterminer quel type d’assistance est requise, et où elle devra être distribuée. »
La Croix-Rouge du Kenya, avec le soutien du CICR, a déjà fourni des vivres dans certaines régions, comme à Eldoret, à Nakuru et dans les bidonvilles de Nairobi. D’autres secours sont en train d’être acheminés.
« Nous devons aussi aider les membres de familles dispersées à rétablir le contact, explique M. Cuttat ; et là où se trouvent de grandes concentrations de déplacés, il faudra que nous veillions à l’approvisionnement en eau et à la mise en place d’installations sanitaires. Certains auront besoin d’articles ménagers de première nécessité, tels que couvertures, moustiquaires et casseroles. Nous faisons également en sorte que les établissements de soins soient correctement approvisionnés en matériel médical. »
Une équipe chirurgicale du CICR a été mise à la disposition du ministère de la Santé. Elle travaille actuellement à l’hôpital d’Eldoret, où ses membres réalisent des opérations et aident les responsables de l'établissement à s'organiser pour faire face au mieux à la crise.
« Même si toutes les tensions actuelles retombent, beaucoup de gens auront encore besoin d'aide durant des mois, que leur maison et leurs biens aient été détruits, ou qu’elles aient décidé de recommencer leur vie ailleurs », conclut M. Cuttat.