Des siècles durant, Hébron, une place économique florissante, a été le centre urbain le plus dynamique de Cisjordanie. La vieille ville faisait office de plaque tournante du transport des marchandises entre la ville et le district, et le reste de la Cisjordanie. Des milliers de personnes transitaient chaque jour par Hébron. L’établissement, en 1979, de colonies israéliennes dans la vieille ville a toutefois marqué le début d’un long déclin économique. Une succession de couvre-feux et de bouclages imposés à partir de la seconde Intifada a converti le centre névralgique qu’était Hébron en une ville fantôme.
Au fur et à mesure du développement des colonies, la gare centrale des bus et les stations de taxis ont été fermées. Shuhada Street, la principale artère commerciale de la vielle ville, a été interdite aux Palestiniens lorsque des colons se sont installés dans trois colonies toutes proches.
Zahira Diab Rajoub Qafisheh vit dans la zone d’Hébron contrôlée par Israël, la zone H2, au cœur de la ville. « Ce n'est pas seulement la fermeture de la ville, mais également le bouclage d'Hébron et de toute la Cisjordanie qui a ont porté un coup fatal à nos revenus. Comme beaucoup d’autres ici, je dépends de l’aide du CICR », déclare Zahira.
Zahira habite avec sa famille à Shuhada Street. Son mari est mort et la famille vit entièrement sur le revenu du fils aîné. Mais, depuis que l’accès à Shuhada Street a été interdit, il a dû fermer son atelier. Il travaille aujourd’hui chez un cordonnier, et a bien du mal à subvenir aux besoins de sa famille. C’est ainsi que depuis le début de la seconde Intifada, celle-ci tout entière dépend des colis de vivres distribués par le CICR. Depuis le mois de juillet, ces colis ont été achetés grâce à une donation faite par Société du Croissant-Rouge pour les Emirats Arabes Unis.
Le CICR a confié à six commerçants la responsabilité de stocker, et de distribuer chaque mois les colis à 1 750 familles durement touchées par les bouclages. Ils contiennent des denrées de première nécessité, comme des lentilles, de la farine, des olives, du café, du thé et du sucre.
Les trois jours de distribution sont probablement les jours de plus grande activité que la vielle ville d’Hébron connaisse chaque mois. Les gens viennent chercher leurs paquets et les enfants attendent, postés devant les échoppes avec des chariots, dans l’espoir de se faire quelques pièces en transportant les marchandises. On se rencontre dans la rue et on discute ; certains commerces se hasardent même à reprendre un peu d’activité.
« C’est grâce à ce colis que nous pouvons vous inviter à boire un café », dit Zahira en souriant, lorsque nous arrivons chez elle. Nous avons rencontré son gendre dans le magasin d'Abdel Affiz, dans la vielle ville, où il était venu chercher le colis. Nous l'avons suivi dans son parcours très singulier à travers la vielle ville, empruntant les escaliers de familles inconnues, escaladant des échelles et traversant des terrasses, avant de terminer notre course chez Zahira.
L’entrée de la maison donne sur Shuhada Street, mais elle est condamnée, bien que la famille ait reçu deux mois plus tôt l’autorisation d’accéder à la rue. Et Zahira d'expliquer que s'ils sortent dans la rue, les colons les menacent.
« Mon petit-fils n’y a jamais mis les pieds, déplore-t-elle. Le jour où nous avons reçu l’autorisation, il a tellement insisté pour que nous descendions dans cette rue qu’il n’avait toujours vu que d’en haut, que je l’y ai emmené. Il n’y avait pas une minute que nous étions sorti qu'un colon s'est approché de nous et nous a couvert de menaces. C'est pourquoi, malgré le permis, que je n'ai utilisé que deux fois pour des urgences médicales, nous continuons à escalader la terrasse de nos voisins. »
« À l’heure qu’il est, la situation économique est difficile. Nous nous en sortons malgré tout, grâce en particulier à l’aide du CICR. C’est le surcroît de pression psychologique que nous subissons qui rend la situation presque intolérable. Nous vivons dans un isolement presque complet, et dépendons de la gentillesse de nos voisins, qui nous permettent d’emprunter leurs escaliers et leurs terrasses pour aller et venir, et pour recevoir des visiteurs. Mais, nous ne pouvons pas en abuser. Notre vie sociale est devenue très limitée. »