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Des agriculteurs de el Quarara, dans la bande de Gaza
« C’était un vrai paradis ici. Tout était vert. Nous avions des plantations d’agrumes et nous pouvions exporter nos produits à l’étranger », se rappelle Abdel, un agriculteur d’Al-Qarara, dans la bande de Gaza. Mais c’était il y a bien longtemps.
Il a commencé à perdre de petites parcelles de terres dans les années 1990 ; on lui en a alors confisqué une partie pour construire une route entre l’ancien bloc de colonies de Gush Katif et Israël. Quand la deuxième Intifada a commencé, il en a perdu encore une partie, car la zone de sécurité bordant la route a été étendue. Ses terres ont été rasées et ses arbres arrachés.
« D’abord, ils m’ont pris des terres pour la route. Ensuite, ils m’en ont encore pris pour la zone de sécurité de part et d’autre de la route. Ensuite, ils ont rasé la maison de mon frère qui était trop près de la zone de sécurité de la route » se souvient-il.
Des maisons et des vies détruites
Son frère Saleh ajoute : « Les premières années, quand on exportait nos récoltes, on gagnait beaucoup plus d’argent qu’on ne pouvait en dépenser. Mais avec la perte de nos terres, nos revenus ont peu à peu diminué. J’avais investi toutes mes économies dans la maison. Elle a été détruite en 2004. Je ne peux pas en construire une autre. Je n’ai plus d’argent ». Saleh s’est installé chez son père. Avec la deuxième Intifada, les terrains ont été rasés de part et d’autre de la route, jusqu’à 700 mètres de chaque côté. De 2000 à 2004, plus de vingt maisons ont été détruites à Al-Qarara.
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El Qarara, projet de plantation de dattiers soutenu par le CICR.
Abandonnés à eux-mêmes, il est clair que bien peu d’agriculteurs auraient remis leurs terres en état de produire tous seuls. Certains étaient trop découragés après tant de temps passé à perdre continuellement des terres, et d’autres n’avaient pas les moyens de remettre en état leurs terres ou leurs puits détruits.
Depuis 1948, la population de la bande de Gaza s’est considérablement accrue. Le petit lopin de terre reçu alors ne suffit plus pour nourrir une famille tout entière. Chacune des exploitations familiales doit pouvoir disposer des parcelles de toute la famille élargie pour pouvoir vivre d’une agriculture à temps plein.
Ces dernières décennies, des infrastructures ont été construites sans tenir compte de la répartition des terres qui avait été faite auparavant. De plus, après les opérations de nivellement des terres cultivables, les agriculteurs ne sont plus capables de déterminer les limites de leurs parcelles, ce qui a entraîné des tensions au sein de la communauté sur l’attribution des terres.
Travailler ensemble à nouveau
Avec l’aide du CICR, les terres rasées ont été nettoyées, clôturées et deux puits ont été réparés pour l’irrigation des terres agricoles, pour que les agriculteurs puissent les cultiver à nouveau et contribuer ainsi à améliorer l’économie familiale et à ressouder la communauté.
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Tuyaux pour l'irrigation des terres
« Il y a pénurie d’eau dans la bande de Gaza, mais la qualité de l’eau s’est aussi gravement détériorée ces dernières années », explique Marc Beuniche, l’agronome du CICR présent à Gaza. « Ce problème, ajouté à l’accroissement de la densité de population, explique que le secteur agricole ne peut pas revenir à ce qu’il était avant la deuxième Intifada. » Le CICR a donc décidé d’aider la communauté d’Al-Qarara, en lui fournissant des arbres qui consomment moins d’eau et qui résistent mieux à la salinité de l’eau. À ce jour, 917 dattiers ont été achetés dans la région et plantés à Al-Qarara, et une deuxième phase de ce même programme prévoit la plantation prochaine de 7 000 oliviers.
Afin de permettre aux agriculteurs de disposer de revenus immédiats, dans l’attente des premières récoltes de fruits de ces arbres, dans cinq ans environ, une partie des terres remises en état seront utilisées pour cultiver des légumes tels que des aubergines et des gombos, qui sont les légumes qui supporteront le mieux les conditions actuelles de l’eau disponible dans la bande de Gaza.
« Ce projet nous aide à récupérer les terres qu’on nous avait détruites, explique Abdel Hadi Abou Hadaf, mais il permet aussi à la communauté de se parler et de travailler à nouveau ensemble, et on y gagne donc bien plus que de l’argent. »