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5-05-2008  Interview  
Somalie : assurer une aide d'urgence dans un climat de plus en plus explosif
La situation en Somalie ne cesse d'empirer, après que les violences de plus en plus nombreuses ont provoqué un exode massif à partir de Mogadiscio. Daniel Gagnon, le délégué du CICR chargé de la sécurité économique en Somalie, décrit le sort des Somaliens assiégés et ce que le CICR fait pour leur venir en aide.

©CICR
Daniel Gagnon
Quelle est aujourd'hui la situation humanitaire en Somalie ?

Chaque semaine qui passe, la situation devient de plus en plus imprévisible et explosive. À Mogadiscio, le nombre élevé de morts, la destruction des biens, les pillages et les agressions physiques ont contribué au climat persistant d'insécurité générale. La ville, qui compte en temps normal un million d'habitants environ, a connu un exode massif – entre 550 000 et 650 000 personnes ont quitté leurs terres tribales respectives dans les différentes régions du sud et du centre de la Somalie.

Compte tenu de la détérioration des conditions de sécurité, nous avons un accès limité à ces personnes, mais nous continuons de travailler selon notre mode opératoire de contrôle à distance. Autrement dit, nous travaillons effectivement à travers un réseau de collaborateurs locaux somaliens qui nous envoient des informations et organisent la distribution de l'assistance.

En plus du conflit et des combats généralisés, les gens sont maintenant confrontés à une nouvelle sécheresse prolongée. On raconte que c’est la troisième année consécutive sans pluies que connaissent principalement le sud et le centre de la Somalie. Pour vivre, les gens dépendent surtout de leur bétail. Évidemment, à cause de la sécheresse, ils perdent des bêtes, soit qu'ils ne peuvent leur donner à boire, soit qu'il n'y a pas de pâtures ni de grands pâturages libres. C'est une vraie catastrophe.

Certaines personnes ont tendance à croire que, s'il ne pleut pas en avril et mai (qui, avec le mois de mars, constituent la longue saison des pluies), on devrait en principe avoir une grave crise humanitaire au cours de laquelle non seulement les animaux mais aussi les personnes mourront à cause de la pénurie d'eau et de nourriture.

Pourquoi, à votre avis, la situation s'aggrave-t elle ?

De fait, elle s'aggrave. Si je la compare avec celle d’il y a 19 mois, quand je suis arrivé dans le pays, nous avions plus d'espace pour mener nos activités humanitaires. La Somalie est divisée en plusieurs régions, elles-mêmes divisées en districts. Au début de cette mission (il y a donc 19 mois de cela), nous avions – en tant que délégués – accès à un plus grand nombre de districts qu'en ce moment. Cela s'explique par le fait qu’entre-temps, des groupuscules se sont battus entre eux et qu'un conflit interne a éclaté au sein de la population somalienne pour l'appropriation des ressources naturelles. Le caractère hautement imprévisible des conditions de sécurité a eu des répercussions sur nos missions sur le terrain.

Nous maintenons toujours le contact avec tous les protagonistes en Somalie, bien que, dans un environnement en pleine mutation, de nouveaux acteurs soient apparus avec lesquels un dialogue constructif doit être renforcé. Parfois, nous faisons des progrès grâce au savoir et au travail en réseau du collaborateur local sur place, mais c'est toujours avec une extrême prudence que nous nous rendons sur le terrain. Nous avons nos propres moyens de transport, avec l'avion du CICR. Nous avisons les autorités compétentes, mais il n'est jamais sûr à 100 % que nous arriverons sur le terrain, c'est-à-dire que la mission sur le terrain peut être annulée à la dernière minute en raison d'un incident de sécurité ou d’inquiétudes du point de vue de la sécurité.

Comment les personnes déplacées font-elles face ?

Pour parler franchement, elles le font avec énormes difficultés. L'évolution constatée en matière de déplacement semble le plus souvent concerner – notamment avec l'exode de Mogadiscio – des ménages dirigés par une femme, comprenant de jeunes enfants et des adolescents, qui sont parvenus à s'enfuir. La plupart de ces ménages ne sont pas accompagnés par le soutien de famille.

Des femmes restent dans des camps qui ne sont pas des camps à proprement parler mais plutôt des zones d'installation. Elles n'ont presque rien avec elles, car elles se sont fait dépouiller de leur argent ou de leurs biens au fur et à mesure qu'elles passaient les différents « points de contrôle ». Quand ces femmes arrivent à leur destination, elles n'ont pratiquement plus rien. Elles vivent dans une misère noire, sous le soleil, sous les arbres quand il y en a, sans eau ni nourriture.

C'est alors qu'intervient le CICR, sur un plan strictement humanitaire, pour leur fournir des produits non alimentaires, des articles ménagers essentiels, des couvertures, des jerrycans, des bâches de plastique, des vêtements pour enfants, c'est-à-dire les tout premiers secours, afin d’alléger leurs souffrances. Quand cela est nécessaire, mais en dernier recours seulement, il fournit des denrées, quand ni le Programme alimentaire mondial (PAM) ni CARE International ne sont autorisés à le faire ou sont dans l'impossibilité de le faire parce qu'ils n'ont pas accès.

À ce stade, nous avons déjà engagé la totalité de notre budget annuel pour venir en aide à 35 000 familles pendant les trois premiers mois de l'année. Nous avons également distribué des vivres à 16 000 familles de la région de Puntland, et ce, avec l'accord du PAM, qui ne souhaitait pas se rendre dans cette zone. La distribution a été effectuée par le personnel national du CICR vivant en Somalie. Le personnel expatrié étant en attente à Nairobi, les collaborateurs locaux continuent de fournir une aide d'urgence aux populations les plus vulnérables de Somalie.

Que faut-il faire pour améliorer la situation ?

Le CICR fait tout ce qu'il peut pour améliorer la situation. Nous avons les collaborateurs locaux (personnel national) qui mènent à bien les activités d'assistance sur le terrain. Cela fait entre 2 et 14 ans qu'ils travaillent avec le CICR, dont ils connaissent le mandat. Chaque collaborateur local travaille dans sa propre zone clanique ou sous-clanique et est donc bien respecté. Le CICR est lui aussi respecté parce que nous avons la réputation de fournir des secours après une évaluation. La plainte la plus courante de la part des représentants des personnes déplacées et du gouvernement est que les organisations humanitaires effectuent trop d’évaluations et qu’elles fournissent rarement une assistance, et quand elles le font, c'est trop tard.

Cette réputation du CICR est une référence de premier ordre pour l'institution. Partout où nous sommes allés en Somalie, nous n'avons reçu que remerciements pour notre engagement, mais aussi pour notre rapidité à fournir une assistance en temps utile.

©CICR/D. Gagnon
Région de Galgaduud, centre de la Somalie. Une mère et son enfant déplacés de Mogadiscio suivent l'exode massif de novembre 2007.


©CICR/D. Gagnon
Région de Galgaduud, centre de la Somalie. Des familles en fuite arrivent quasiment démunies de tout, après avoir été dépouillées de leurs rares biens sur la route qui sépare Mogadiscio de leur destination finale.


©CICR/D. Gagnon
Région de Galgaduud, centre de la Somalie. L'eau se fait de plus en plus rare, obligeant les déplacés à partager leurs maigres ressources avec le bétail. Le CICR est occupé à distribuer d'énormes quantités d'eau potable aux personnes déplacées et aux communautés d'accueil dans les régions de Galgaduud et Muduug.


©CICR/D. Gagnon
Région de Galgaduud, centre de la Somalie. Les familles de déplacés sont le plus souvent conduites par une femme. Dans la plupart des cas, les hommes restent derrière pour garder les terres et les biens.

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5-05-2008