Par le passé, les terres fertiles de Thirukkovil, district d'Ampara dans l'est de Sri Lanka, constituaient un moyen de subsistance pour la population d'agriculteurs de la région. Les rizières irriguées par des réservoirs lui offraient une relative autonomie et stimulaient l'économie locale. Cependant, quand la région s'est retrouvée en proie au conflit, les villageois ont fui, abandonnant leurs terres pour se réfugier chez des parents ou dans les lieux mis à la disposition des personnes déplacées. Nombre d'entre eux avaient déjà connu la rigueur du déplacement.
À la mi-2007, le gouvernement sri-lankais a pris le contrôle de l'est de l'île. Des mesures ont été prises afin de rétablir la normalité dans la région, en particulier pour les personnes qui avaient dû fuir de leur foyer. Le conflit et les éléphants sauvages leur avaient fait perdre tout ce qu'elles possédaient, y compris les outils qu'elles utilisaient pour cultiver la terre.
Pour contribuer au relèvement et aider les déplacés de longue durée à obtenir un revenu grâce à leurs moyens de subsistance habituels, le CICR va distribuer des semences de riz et de l'engrais à 700 fermiers déplacés ou rentrés dans leur village. Ces semences permettront à chacun d’entre eux de cultiver une acre de terre. Les bénéficiaires – dont la plupart sont propriétaires de leurs terres – viennent de Kanchirankudha, de Thangavelayudapuram et de Sagamam.
Niranjala Devi, une veuve de 42 ans qui a aussi été frappée par le tsunami en 2004, fait partie des bénéficiaires de Thangavelayudapuram. Elle a une fille de 15 ans, qui est scolarisée dans un établissement local. Elle tente tant bien que mal de joindre les deux bouts en donnant des cours de maths, de tamoul et d'anglais, en confectionnant des vêtements et en élevant de la volaille. « Avant de devoir fuir de mon foyer, je cultivais moi-même tout ce dont j'avais besoin – non seulement du riz, mais aussi des légumes. Maintenant je dois tout acheter et j'ai très peu d'argent. » Bien entendu, elle espère que l'avenir sera meilleur, et désormais elle a la possibilité de cultiver sa terre, qu'elle avait abandonnée pendant un an et demi. « J'espère me faire un bon revenu en vendant ma récolte aux grossistes et aux villageois », a-t-elle expliqué.
Le CICR, les associations de fermiers locaux et le département de l'Agriculture de Sri Lanka vont déterminer conjointement les personnes qui ont besoin d'assistance et distribuer l'aide prévue. Le département de l'Agriculture est également chargé d’apporter son savoir-faire aux fermiers. « Notre objectif est de les encadrer afin d'augmenter le rendement des rizières », a déclaré K. Gangadaran, un inspecteur agricole qui a plus de 12 ans d'expérience sur le terrain. « Nous leur dirons quand il faut ajouter de l'engrais, et aussi quand et comment vaporiser des pesticides et des désherbants pour qu'ils puissent doubler le volume des récoltes. Nous pensons qu'en cultivant une acre de terre, ils devraient être à même de se faire un bon revenu ».
Les semences de riz seront distribuées à temps pour pouvoir être semées au cours de la saison de Maha (mousson du nord-est) qui a lieu actuellement. Les fermiers pourront commencer la récolte trois mois plus tard.
Âgé de 63 ans, Mannikam, un ancien fermier venant de Sagamam et père de huit enfants est aussi optimiste quant à son avenir. « Actuellement, je gère une petite épicerie et je gagne suffisamment d'argent pour couvrir mes dépenses quotidiennes, mais je ne peux rien économiser en prévision de l'avenir. Je pense pouvoir y arriver et faire des demandes de prêts bancaires quand j'aurai recommencé à cultiver la terre », a-t-il expliqué.
Non seulement l'aide apportée aux fermiers assurera la sécurité alimentaire de la communauté cible, mais elle devrait aussi augmenter le volume de la production de riz dans la région et donc faire baisser le cours du riz sur le marché local.
Selon Massimiliano Cartura, qui dirige les programmes du CICR en matière de soutien des moyens de subsistance dans l'est de Sri Lanka, les personnes déplacées à Thirukkovil ont principalement besoin de trouver un moyen d’avoir un revenu. « Pour ces personnes, retrouver leurs moyens de subsistance habituels est la seule solution pour faire face aux difficultés économiques. Le manque de sécurité dans leurs activités créatrices de revenus les a obligées à chercher des emplois temporaires pour survivre, et l'incertitude de la situation a rendu difficile leur intégration au marché du travail », a expliqué M. Cartura. « Avec ce programme, les fermiers devraient avoir assez de semences de riz pour toute l'année, ce qui assurera leur sécurité alimentaire. En outre, le petit profit qu'ils pourront tirer de la vente du riz et les semences qu'ils pourront mettre de côté pour la saison de Yala (mousson du sud-ouest) contribueront à leur garantir des moyens de subsistance à long terme. »
Au total, 1 030 familles de fermiers qui sont rentrées dans leur village bénéficieront d'un programme similaire à Kiran et à Chenkaladi, dans le district de Batticaloa. Le CICR distribuera des semences de riz et de l'engrais à ces familles pour leur permettre de cultiver jusqu'à deux acres de terre.