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30-01-2007  Éclairage  
Darfour : examen de la situation alors que se développe l'esprit communautaire dans le camp de Gereida
À cette époque de l'année, la rare végétation et les abris bâchés qui servent de logement à plus de 120 000 personnes dans le camp de Gereida offrent bien peu de protection contre les bourrasques de vent. Cependant, ce n'est pas tant les conditions météorologiques qui perturbent les gens dans cet océan d'humanité déplacée que l'inquiétude de ne pas trouver de la nourriture. Récit de Jessica Barry, du CICR, depuis le cœur même du camp où les valeurs familiales sont bien vivantes.

Les gens qui se risquent à sortir se frottent le corps avec les mains pour se tenir chaud, mais la plupart restent à l'intérieur, jusqu'à vers 10 heures du matin, quand le soleil réchauffe la terre et donne vie, lentement, au camp. Seule une bande de jeunes se précipitent pour assister à une cérémonie à l'école, à l’occasion de notre visite au camp, et bravent le froid. C’était un matin, il y a quelques jours.

Pour le moment, on se préoccupe plus de savoir si on pourra manger que du temps qu'il fait. Depuis le retrait massif des humanitaires de Gereida, après les attaques menées contre leur bâtiment en décembre dernier, les résidents du camp se demandent quand ils recevront leur ration.

Quand les autres organisations ont quitté, le CICR – c'est-à-dire huit expatriés et plus de 200 collaborateurs locaux – est devenue la seule organisation à avoir des délégués expatriés encore sur le terrain.

Dans la plupart des familles, les stocks de vivres sont presque épuisés, et il faudra qu'elles fassent durer le peu qui leur reste jusqu'à la prochaine distribution. Comme s'il fallait en apporter la preuve, un des meuniers du camp raconte que son commerce baisse. « Il y a moins de grains à moudre, dit-il. Avant, les gens m'apportaient un malwa (quatre kilos) de sorgho, mais maintenant ils n’en apportent plus que la moitié. Ils demandent aussi s'ils peuvent payer plus tard. Ce n'était jamais comme ça avant. »

©CICR/J. Barry

Abdullah Maki effectue chaque jour des visites dans le camp pour vérifier la santé des enfants.


Mécanismes d'adaptation

Généralement, les familles vendent une partie de leur ration alimentaire pour avoir de l'argent et acheter d'autres articles de première nécessité. La remarque du meunier nous rappelle brutalement que la moindre défaillance dans un seul mécanisme d'adaptation peut avoir un effet domino sur les autres.

En écoutant les femmes qui vendent des biscuits sur le marché, on croit encore entendre le meunier. Montrant une pile d'une vingtaine de petits gâteaux de pâte sur un plateau argenté, une femme nous dit : « Normalement, j'en fais deux fois plus. »

Triage nutritionnel : une équipe de plus en plus nombreuse et efficace

Comprendre comment les personnes déplacées survivent dans le camp est une partie essentielle du travail réalisé par une équipe formée d'agents chargés du triage nutritionnel. Les membres de cette équipe, choisis parmi les résidents du camp, étaient 39 quand l'activité a démarré, en 2005 ; depuis, leur nombre est passé à 69, dont 13 femmes. Leur rôle dans le camp consiste à repérer les enfants atteints de malnutrition et à faire passer des messages de santé et d'hygiène à leur mère ou leur tuteur. « Ils sont vraiment nos yeux et nos oreilles, raconte Louise Broomhead, la déléguée du CICR responsable de l'équipe mobile. Parce qu’ils vivent eux-mêmes dans le camp, ils ont un lien direct avec les familles et connaissent tout le monde. »

Chaque agent de triage reçoit une formation théorique et pratique pendant un mois, avant de commencer à visiter les ménages. Deux collaborateurs locaux du CICR, qui supervisent leurs activités au jour le jour, jouent eux aussi un rôle capital.

Chaque jour, les agents chargés du triage visitent environ 25 familles pour vérifier l'état de santé des enfants dont le poids est inférieur à la norme et qui sont inscrits dans des programmes d'alimentation complémentaire et thérapeutique gérés par le CICR, par l'intermédiaire des Sociétés britannique et australienne de la Croix-Rouge. Ils suivent aussi les patients qui ont abandonné les programmes, et enseignent à la population les règles élémentaires d'hygiène. Ils orientent les enfants malades vers le dispensaire de soins de santé primaires du CICR et conseillent les mères sur la bonne façon d'éduquer les enfants et sur la protection et le bien-être des enfants. Lors de récentes campagnes de vaccination, ils ont fait de l'éducation sanitaire en utilisant le théâtre et les jeux de rôle.

Équipé d’une toise en bambou et d'un sac de tissu noir contenant une planchette à pince, un stylo et des formulaires appropriés pour la récolte de données nutritionnelles, Abdullah Maki, 33 ans, marche à grands pas lors de sa tournée des ménages dès que le soleil réchauffe l’air ambiant. À le regarder plus tard mesurer les minuscules avant-bras d’enfants qui font peine à voir et presser délicatement ses deux pouces sur le dessus de leurs pieds à la recherche d'un signe révélant un œdème, on perçoit toute la bienveillance qu’il met dans son travail. De plus, en bavardant quelques instants avec la mère, il lui explique comment réduire les risques de maladies en balayant les lieux d’habitation, en couvrant la nourriture et en se lavant les mains fréquemment.

©>CICR/J. Barry

On procède régulièrement au triage de tous les enfants de moins de cinq ans pour voir s'ils ne souffrent pas de malnutrition.


L'eau potable, la nourriture et l'hygiène sont vitales pour que les personnes déplacées restent en bonne santé. Les six forages du camp fournissent suffisamment d'eau pour tout le monde mais ils doivent être entretenus. Les ingénieurs spécialistes en eau du CICR en assurent le service depuis que les agences ont quitté Gereida à la mi-décembre.

Quand la famille permet de survivre

Les personnes déplacées s'adaptent elles-mêmes à la nouvelle réalité du camp, en prônant les valeurs traditionnelles de la famille et le soutien communautaire pour s’entraider. Par exemple, le meunier moud les grains pour les familles les plus pauvres sans se faire payer. Et Abaker Adam, un tailleur d'un village près de Joghana – une région qui a été attaquée le printemps dernier, ce qui a provoqué un afflux massif de nouvelles familles à Gereida – a baissé ses prix. « Cela fait 25 ans que je confectionne des vêtements, dit-il. Normalement je demande environ 300 dinars soudanais (1,5 dollar US) pour faire une robe, mais ici je ne demande que 100 dinars. Et même que si la cliente est pauvre, je lui fais ce qu'elle veut gratuitement. »

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30-01-2007